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10 abril Troie... sang.55ème voyage :Les têtes volent bas cette année. Eh oui, j’ai quand même fini par trouver deux heures pour aller voir le fameux film sur la bataille des Playmobils : 300. En plus, ça tombait pile poil avec Pâques et, en cette période où les cloches vagabondent, je ne peux que trouver d’actualité cette réflexion d’une collègue au QI aussi profond que la mer Egée : « Léonidas, ça a quelque chose à voir avec le chocolat ? ». Ben non, pauvre andouille, cela aurait plutôt un rapport avec l’Histoire, les grands événements, la Grèce antique… Ah quoique, finalement, la Graisse antique, ça peut peut-être te parler. Bon, je l’ai mérité mon film. Parce qu’avant j’ai dû ingurgiter dans la douleur la bande-annonce de ce grand moment de cinéphilie post-Nouvelle vague : Les vacances de Mister Bean. Dire qu’on essaie de nous vendre cette chose comme le digne rejeton des Vacances de Monsieur Hulot ! Jacques Tati doit danser la scottish dans sa tombe. Ce fut aussi raide que la boucherie qui allait suivre pendant près de deux heures. Soyons directs : pour un film sur la bataille des Thermolactyls, on s’damart pas mal. Déjà, l’acteur principal s’appelle… GERARD ! Et pourquoi pas Marcel, tant qu’on y est ? Et il a à son redoutable tableau de chasse un rôle essentiel dans Tomb Raider II : Le berceau de la vie. C’est donc à lui que revient le redoutable privilège d’incarner Léonidas, le roi couillu de Sparte, une sorte de Demis Roussos bodybuildé, dont l’abondante pilosité faciale n’est pas sans me rappeler feu ma tante Léonie… Mais, pardonnez-moi, je Mégare. Le roi Léonidas, disais-je, qui commence comme Astérix chez les Grecs et finit comme Jésus. Il y a du Moïse et du Ben-Hur en lui. Et de la testostérone aussi. Beaucoup. Il règne sur les Spartiates, peuple de fiers guerriers qui considèrent que rien n’est plus beau que de mourir sous des tonnes de flèches au petit matin. Aussi, quand le roi perse Xerxès décide de les coloniser avec deux ou trois hommes à lui, ils sont 300 Spartiates tout jouasses à venir lui casser sa gueule. Et non content d’avoir un nom qui fleure bon l’eau de Cologne, Xerxès, son look de drag-queen et son armée de Dark Vador du pauvre vont se prendre une branlée monumentale. Il faut dire qu’en face, les 300 chippendales la jouent pack de rugby et y vont même de leur petit haka ("Ahouille ! Ahouille ! Ahouille !"). Finalement, 300 est un film drôle. Involontairement, sans doute, mais drôle quand même. Avec sa voix off super lourdingue, on dirait un film à sketches. Avec en plus aucun effort particulier à fournir, puisque les traîtres, renégats et autres vilains sont clairement identifiés comme tels, et que les héros ne dérogent pas à l’histoire en passant tous à la moulinette. Mon seul regret fut d’avoir oublié mes boules Quiès, parce qu’on perd facilement quelques dixièmes à chaque braillard qui se fait trucider. Bien sûr que je suis un peu déçu. Dans ma jeunesse, j’avais vu avec beaucoup d’intérêt et d’émotion le sobre La bataille des Thermopyles, film de 1962 avec Richard Egan et Ralph Richardson, un chef d’œuvre de classicisme qui m’avait d’ailleurs inspiré le sujet d’un exposé au collège. Je ne me souviens pas que dans cette version, Xerxès était une grande fiotte et le traître de service un repoussant bossu qui ferait passer Quasimodo pour un premier prix de beauté. C’était l’époque où l’on n’en faisait pas encore des tonnes (parce qu’avec une centaine de figurants au maximum, on ne pouvait pas se le permettre non plus). A côté de La bataille des Thermopyles, la grosse moussaka sauce hard-rock de 300 fait pâle figure. Que son réalisateur, Zack Snyder, soit un fan de Gladiator, c’est entendu. Devait-il nous en infliger une pétaradante resucée ? Franchement, n’allez pas voir 300, on y perse son temps.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité.
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