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    November 11

    Arrivée-derci.

    80ème et dernière chronique :

    "Finir est souvent plus difficile que commencer."

    Ce n'est pas moi qui le dit, mais Jack Beauregard / Henry Fonda dans Mon nom est personne.

    Pourtant, il faut bien partir un jour, sans retour, effacer notre amour, sans se retourner ne pas regretter, etc, etc, etc...
    Sauf que là, moi, j'arrive juste à la fin d'une belle aventure et de ces 80 voyages cinématographiques que je m'étais fixés. Alors je me suis dit, dans mon for intérieur que j'ai à moi personnellement, qu'il fallait finir sur un feu d'artifice.

    Et je vous en ai trouvé un beau. Un pur. Un joyau en corne d'or massif.

    Turkish Star Wars.

    J'espère qu'en 80 films (si vous êtes de fidèles lecteurs), vous avez fini par vous convaincre que les OVNI existent. Non, ce n'est pas la peine d'aller chercher un exorciste, Jean-Claude Bourret n'a pas pris possession de mon petit corps de rêve. Je parlais des Objets Visuels Non Identifiables. Eh ben Turkish Star Wars, c'est le vaisseau amiral !!! Une fois qu'on a vu ça, on peut mourir tranquille.
    Et comme, avec mes amis Hemlock et Misterbook, nous avons eu la chance de le voir sur grand écran à l'occasion de l'Etrange festival de Strasbourg, je ne vous raconte pas, je suis bon pour me dissoudre dans l'univers.

    Alors, comme souvent une illustration vaut mieux qu'un long discours, je vous propose de jeter un oeil aiguisé là-dessus, et on en reparle après :

     
    Turkish star wars
    Vous n'y avez rien compris ? Certaines images vous ont semblé familières ? Vous trouvez les casques de motocyclette délicieusement kitsch et les costumes à la limite de la fête SM ? Vous avez RAISON !!!
    Parce que Turkish Star Wars est au cinéma ce que le gloubiboulga est à la gastronomie.
     
    Prenez deux couillons intergalactiques, bien machos et bien chevelus, genre Ringo-sans-Sheila à la grande époque. Vous leur collez un casque ridicule sur leur abondante crinière et des morceaux entiers de Star Wars : Un nouvel espoir (à l'époque où ça s'appelait encore sobrement La guerre des étoiles) derrière eux, en fond. Puis, vous racontez mais vraiment n'importe quoi sur l'avenir de la Terre, la fission nucléaire, le cerveau humain et la pêche aux moules en Albanie du sud. Ca, c'est déjà grandiose, mais ce n'est que l'introduction.
    Ensuite, les deux zéros, là, ils se retrouvent Allah-sait-comment sur une planète ? (Tapez 1)... une étoile ? (Tapez 2)... un météorite ? (Tapez 3)... un décor tout pourri ? (Tapez le scénariste). Ils y redécouvrent avec bonheur les pyramides d'Egypte et en profitent pour faire un peu de tourisme. De courte durée, puisqu'ils vont être poursuivis par une horde de vilains bien pittoresques, qui vont des gros Muppets en peluche à des momies plâtrées en passant par des gladiateurs et des comiques portant masques de carnaval. Ca se prend de grandes mandales d'un kung-fu assez approximatif, ça ne meurt pas beaucoup (tandis que le spectateur, lui, est déjà mort de rire depuis les six premières minutes) et ça revient en nombre selon la recette éprouvée du "Quand y en a p'u, y en a encore". La preuve :
       
         
     

     Je vous avais prévenu, ça ne rigole pas. Et les Monty Pythons n'ont qu'à bien se tenir.
    Certains d'entre vous, les plus observateurs ou les plus pénibles, argueront que les images sont de mauvaise qualité. Certes. Mais, Votre Honneur, la Défense se doit d'objecter que la seule existence de ces images est déjà, en soit, un miracle absolu.
    Bougez pas, j'vous explique. (On reprendra le fil des aventures des deux grands singes après... et c'est moi qui commande ici !)
    Dans les années 70-80, nos amis stambouliotes avaient une marotte rigolote : refaire les films états-uniens qui marchaient bien (poil aux mains). Ca nous a donné, notamment, un E.T. l'extraterrestre ressemblant étrangement à Elephant Man nain, survolant la Mosquée bleue dans un landau du XIXème siècle. Tout bonnement incroyable. Et je ne parle pas du Captain America affrontant un Spiderman en costume vert. Là, on atteint des sommets. Comme si, à force de creuser le sol de la nullité, ils avaient débouché en Chine ! Mais si nous n'en avons eu que peu d'écho jusqu'à présent, c'est parce que ces bandes ont été généralement détruites au fur et à mesure afin de récupérer les matériaux nécessaires à la fabrication de bandes neuves. A la manière des moines copistes du Moyen-Age, ils ont fait du neuf avec du vieux. Hélas, combien de chefs d'oeuvre ont ainsi disparu, victimes d'un recyclage barbare ? C'est à pleurer. Et figurez-vous que Turkish Star Wars a bien failli brûler dans le même holocauste ! Heureusement, quelques vieilles copies toutes abîmées, enregistrées sur bande magnétique, nous sont finalement parvenues. Les dieux en soient éternellement loués (comme le poulet), sans quoi je ne pouvais clôturer ce blog sur un tel trésor !
     
    Revenons-en à présent aux deux zigotos en costume moulant. Je vous l'ai dit, ils ont fort à faire avec une tribu de méchants très moches. Aussi doivent-ils prendre un moment dans le film pour s'entraîner un peu. C'est de bonne guerre. Et ça nous donne un petit coup de San Ku Kaï byzantin, quelque chose de sévère: 
     
         

    J'vous avais pas menti, hein ?
    (Spéciale dédicace à Hemlock, qui hurle de rire sur ce qu'elle appelle le "tapotage de cailloux")
    Alors oui, la musique que vous entendez en fond, c'est bien Les aventuriers de l'Arche perdue. Parce que la particularité de Turkish Star Wars, c'est d'avoir été tourné par des fous furieux qui n'ont aucun sens moral. En plus de piller allègrement des morceaux entiers d'Un nouvel espoir, ils se sont fait une petite bande-son pas chère, entre les classiques de John Williams et des petits coups de Flash [A-aaaaaaaaaaaah] Gordon ou Le trou noir. Ah mes enfants, je vous l'avais dit, c'est du patchwork ! Mais du patchwork fabriqué à l'arrache par un sous-doué qui tient la caméra et un monteur accro aux drogues dures.
    Quant au bloc de granit bondissant, cheveux argent et regard bleu-azur, c'est le célébrissime acteur Cüneyt Arkin, LE Alain Delon turc, dont le jeu est un hommage perpétuel aux grandes heures de Charles Bronson.
     
    Bon, la suite, c'est impossible à raconter, alors je ne vais même pas essayer. J'ai juste bien aimé la retraite mystique dans la caverne, avec un Obi-Wan Kenobi du désert qui explique que l'Islam est la grande religion de l'espace et que Allah est avec toi, jeune padavoine. L'épée en forme de pique à saucisses-cocktail, le cerveau en noix peinte, les gants en or et les Converse dorées, c'est tout simplement... comment dire ?... euh... culte.
     
    Oui, Turkish Star Wars est culte. Au même titre, sans doute, que les délires visuels d'Ed Wood ou le "coloré" StarcrashLa folle histoire de l'espace, à côté, c'est du Kubrick. Du culte qui a changé la face du cinéma international. Je ne pouvais pas finir avec moins.
     
    "La boucle est maintenant bouclée", comme disait le grand asthmatique en noir, avec le pot de chambre sur la tête.
     
    Je vous embrasse et vous souhaite bon vent.
     
    Et n'oubliez pas : May the Force be with you.
     
    Always.
     
    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.
     
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    November 03

    L'étoile du soir.

    79ème chronique :

    J'aime le cinéma quand il me fait rêver. Parfois, il y parvient avec des films tout simples, même pas inoubliables, mais suffisamment sympathiques pour nous emmener, deux heures durant, dans un autre monde. Particulièrement quand ce monde est peuplé de fées, de chevaliers, de pirates, d'aventures et de bons sentiments.

    Stardust, le mystère de l'étoile, c'est exactement ça. Et il est bougrement attachant, ce film.
    A première vue, c'est un conte pour enfant. Mais, par bonheur, il y a également une lecture pour les adultes, pleine d'humour, de surprises et de joyeux clins d'oeil, notamment à d'autres films comme Star Wars ("Tes émotions te trahissent, Yvaine. Tu dois apprendre à les contrôler.", ou quand Bob De Niro se prend pour Maître Yoda !).

    Une fois qu'on a fait abstraction de l'énervante musique (une sous-copie du Seigneur des anneaux, beûark !) et du jeu super limitée de Claire Danes (trois grimaces et quinze roulements d'yeux ; différents, quand même, ce qui force le respect), eh bin vous vous promenez avec un sourire béat dans ce monde étrange concocté par les magiciens d'ILM, l'usine à rêves de George Lucas. Et je vous recommande en particulier le gardien du mur et les sept fils du roi de Stormhold, de vraies trouvailles comiques.

    Parce que ce film s'inscrit dans la droite ligne du Princess Bride de Rob Reiner, c'est à dire du film tout public gentiment parodique. Et les acteurs ne s'y sont pas trompés, notamment Robert De Niro, qui nous livre une prestation... haute en couleur ! Son Capitaine Shakespeare restera dans les anales !!! Quant à la superbe Michelle Pfeiffer, elle prend manifestement beaucoup de plaisir à s'enlaidir dans le rôle d'une sorcière cruelle et impitoyable. D'autres acteurs font de brefs passages tout aussi jubilatoires : Peter O'Toole, Rupert Everett, Jason Fleyming ou Mark Williams. Même Ian McKellen - éternel Gandalf - y fait une apparition... sonore, puisque c'est lui le narrateur dans la version originale.

    Bref, pour conclure, cette poussière d'étoile, c'est un putain de bon moment. Voilà. Et c'est un VRAI conte de fée aussi. Il fallait bien cela pour venir mettre un point final à ce blog. Eh oui, nous sommes arrivés au bout du voyage, mes chers amis ! Si, si, regardez bien l'album "Les photos de mon blog" dans la colonne de gauche et vous verrez que nous sommes arrivés à 80 films, comme prévu. Avant de refermer définitivement les pages de cette aventure, je reviendrai vous livrer une ultime chronique, sur un film mythique.
    Il me plaît de finir sur Stardust, le mystère de l'étoile, parce que, comme les étoiles (même celles du cinéma), ce blog désormais mort restera encore un peu visible, quelques temps...

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Sûrement le meilleur rôle de De Niro !)

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    (Fantômes de compagnie)

    October 30

    Corée pu mieux faire...

    78ème chronique :

    Qu'est-ce qui m'a pris ?

    Non mais QU'EST-CE QUI M'A PRIS ???

    A deux chroniques de l'arrivée, c'est invraisemblable d'avoir fait une telle erreur de parcours !
    Franchement, qu'est-ce qui m'a pris d'aller voir ce film coréen ?

    Secret sunshine. Tu parles. La seule vraie lumière de ce film, c'est celle en vert et blanc qui indique "sortie" dans le coin gauche de la salle. Tout est le reste est noir, noir, noir, et... euh... noir. Et glauque au possible.

    Alors, oui, bien sûr, on va me rétorquer que l'interprétation est superbe, que l'étude d'une secte chrétienne en Corée est originale, que la mise en scène ceci, que le travail des images cela... et puis, nom d'un petit Bouddha, y a quand même eu un prix d'interprétation féminine à Cannes ! Alors, hein, camembert Cinéphage !!

    C'est pas faux.

    J'en suis désolé, mais ça ne sauve pas le film du marasme gluant dans lequel il se noie. Qu'il soit coréen, papou ou bélouchistanais du sud n'y change rien.

    Pourtant, je l'aime, mouâ, le cinéma coréen ! Celui des maîtres, pour commencer : Kim Ki-duk (avec le magnifique Printemps, été, automne, hiver... et printemps et l'étonnant Locataires) et Im Kwon-taek (Ivre de femmes et de peinture). Mais même lorsqu'il part dans du délire, ce cinéma reste sympathique. L'abracadabrant film d'arts martiaux Duelist en est un bon exemple.
    Et j'ai même bien aimé le looooong film Oasis, oeuvre précédente de Lee Chang-dong, le réalisateur de Secret sunshine.

    Mais là, non, c'est pas passé.

    Je ne retournerai pas au Lee tout de suite.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    (Arrivée - 2 chroniques !)

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    October 27

    L'assassinat de John Wayne par l'ersatz de Robert Redford.

    77ème chronique :

    Oui, je sais, c'est un bien curieux titre pour un film que je ne vais même pas démolir. Mais bon, en même temps, y a un peu de ça quand même... Et puis les titres à rallonge, ça m'inspire.

    Demandez à ma grand-mère - qui est une experte - quels sont les ingrédients qui doivent impérativement figurer dans tout bon western qui se respecte, et elle vous répondra sans nul doute : un gentil shériff, un méchant pilleur de banque, un saloon, une rue déserte balayée par le vent, une demoiselle inquiète, quelques accords de guitare, voire d'harmonica (mais ma grand-mère ne goûte pas trop les ouesterns spaghetti), un vieux grincheux, des colts qui ne manquent jamais leur cible (c'est de la magie...), des chevaux et une belle cavalcade dans les grands espaces baignés de soleil.

    Si c'est à peu près votre propre définition du ouestern, N'ALLEZ PAS VOIR L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ! (J'vous avez prévenu que c'était un titre à rallonge ! Après ça, Le bon, la brute et le truand peut aller se rhabiller...)

    En revanche, si vous n'avez pas d'idée préconçue et si vous avez déjà trouvé qu' Open Range était une nouvelle façon d'envisager le ouestern "à l'ancienne", alors vous aimerez sans doute L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.

    Parce que ce film est, en de nombreux points, tout simplement superbe.

    Quand j'ai appris sa sortie, je me suis dit, tel le digne héritier de mon aïeule : "Chouette, un ouestern !" Puis, un détail a attiré mon attention : "Merde, 2h39 !" Je me souviens même avoir ajouté : "La vache, il leur faut autant de temps pour le flinguer, Jesse James ?" Ben oui, il leur faut au moins ça. 2h39 pour faire le portrait d'un des plus sanguinaires tueurs de l'Ouest et pour le rendre presque sympathique, tout en dégommant joyeusement tous les "codes" traditionnels du ouestern états-unien.
    Pour tout vous dire, ça fait un drôle d'effet. Vous ressortez de ces 2h30 et des poussières de cigarillo avec la sensation d'être passé sous un troupeau de bisons au galop. Un peu chiffoné, quoi.

    Chiffoné par la force de l'interprétation tout d'abord. Qu'on aime ou non le bellâtre qui fait des drôles de moues avec sa bouche en cul-de-poule, j'ai nommé Brav Bitt, force est de reconnaître qu'il est un Jesse James particulièrement inspiré, parvenant sans difficulté à faire croire aussi bien au bon père de famille qu'au pilleur de banque paranoïaque. Il fait peur sans rien faire, c'est tout de même assez fort.
    Face à lui, il fallait du lourd. Et du doublement lourd avec les rôles des frères Robert et Charley Ford. Le premier est interprété par Casey Affleck qui - en plus d'être né le 12 août 1975, ce qui est déjà un gage de qualité - enterre définitivement son frangin Ben. Pas facile, pourtant, de dresser face au beau blond un personnage forcément antipathique puisque défini dès le départ comme un lâche et un assassin (je ne dévoile rien, c'est écrit dans le titre et dans les livres d'Histoire !!). Mais le talent d'Affleck est de rendre Robert Ford terriblement humain, avec ses peurs, ses incertitudes et ses errances. Grâce à son interprétation, on voit nettement le tryptique mythe - objet du mythe - idolâtre qui se dessine entre James et Ford. Et l'on comprend très vite qu'en tuant Jesse James, Robert Ford se tue lui-même.
     Je ne suis pas sûr, par exemple, que Ben Stiller dans le même rôle y serait parvenu aussi bien...
    La troisième "révélation" du film, c'est Sam Rockwell, alias Charley Ford. En fait, c'est loin d'être une révélation, puisque le lascar s'était déjà fait remarquer dans La ligne verte et Confessions d'un homme dangereux. Mais là, il monte encore d'un cran le niveau de son talent, dans un rôle qui aurait pu, somme toute, rester secondaire. Pas évident pour un gars qui trimballe une vague ressemblance avec Mike Myers... M'est avis qu'il va falloir suivre sa carrière de près.

    De très bons acteurs, donc, mais ce qui fait la véritable "personnalité" du film, c'est sans conteste la photo et la musique, donnant chacune une leçon de cinéma, comme aux grandes heures de Wong Kar-Wai. Ce qui est remarquable - et nettement oscarisable - c'est la manière dont le flou et une certaine pauvreté des couleurs sont utilisés pour créer une ambiance lente, lourde, presque intimiste, que vient illustrer à merveille la musique mélancolique et sensible. Cela donne une atmosphère à la fois tendue et apaisée, presque fataliste. De ce point de vue, il y a d'ailleurs une certaine filiation avec un film comme Barry Lyndon. Difficile d'y rester insensible tant le film en est imprégné. En ce qui me concerne, la rare qualité de ces deux éléments m'a poursuivi un long moment après le générique de fin et me revient encore en mémoire alors que j'écris ces lignes.

    Je ne connaissais pratiquement rien de l'histoire de Franck et Jesse James, à part les couillonnades de Lucky Luke et le film de Walter Hill, Le gang des frères James, avec les frères Carradine et les frères Keatch (et non pas les frères Carabine et les frères Kitch, quoique c'eût été plus rigolo). Mon créneau dans les fratries, c'était plutôt les frères Earp qui, eux, ont eu le bon goût de rester du bon côté de la loi. A tel point que le cinéma n'a pas manqué de les élever au rang de demi-dieux de la Justice, héros sans peur et sans reproche, mythes fondateurs d'une Amérique qui aime les colts à la vengeance expéditive. Avec L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, j'ai non seulement pris une leçon d'Histoire, mais aussi une leçon de ouestern, telle que devait être la réalité d'une époque de sales types transformés en héros et d'autres en traîtres. La réalité d'une époque où les duels en face-à-face étaient plus souvent de simples assassinats réglés d'une balle dans le dos, et pas forcément en pleine rue. La réalité d'une époque où l'Amérique industrialisée tournait définitivement la page de la conquête de l'Ouest.

    L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford n'est pas seulement un film, il est aussi la preuve que le cinéma peut être à la fois le reflet d'une légende et d'une certaine réalité.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité et bientôt arrivé.

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    October 22

    Joyeuse pagaille.

    76ème chronique :

    Mes biens chers frères,

    Mes très chères soeurs,

    O-oh, ce serait le bonheu-eur...

    En ce triste jour de pluie qui annonce l'installation de l'automne, c'est à moi, le Père Chman, modeste ouvrier de Dieu, de faire l'oraison de ces Joyeuses funérailles qui nous réunissent en ce lieu. En effet, notre ami et néanmoins gentleman, Cinéphage Fogg, tout à sa douleur, m'a demandé de le remplacer en cet instant douloureux. Car, comme le dit Saint Romuald-Anatole de Judée dans le troisième tome de ses Mémoires d'un disciple indiscipliné : "Quand on rit trop, on a mal aux côtes ; demandez voir à Adam."

    Prions ensemble, frères et soeurs, pour le rétablissement des côtes de notre hôte.

    Joyeuses funérailles, disais-je, que celles que nous a mitonné, dans un élan de grâce divine, notre frère Frank Oz. Car Frank Oz, mes chers enfants, a trouvé la voix, et pas seulement celle de Yoda. Il a trouvé la voix de la comédie. Bon, certes, cela fait déjà plusieurs années (Le Muppet Show dans les années 70, La petite boutique des horreurs en 1987, In and out en 1998), mais n'est-ce pas à chaque fois une joie renouvelée que de voir fleurir sur nos écrans une comédie typiquement britannique ?

    Car en vérité je vous le dis : Joyeuses funérailles est... drôle. Et si l'on n'y rit point aux éclats, l'on s'y amuse beaucoup. Par son unité de lieu et de temps, l'on pourrait même se croire au théâtre. Tout part d'un petit fait totalement anodin (la prise d'un cachet de... Valium), qui va peu à peu transformer les obsèques en une jouissive fête foraine, dont les malheureux protagonistes, d'abord flegmatiques comme tout bon sujet de Sa Gracieuse Majesté, finissent par pêter un câble (Gabeûl... Câble Gabeûl, mouhahahahahaha !!!... Hum... Pardon, je suis désolé. Revenons-en à nos agneaux, Pascal).
    Ils sont donc venus, ils sont tous là (même le défunt). Il y a les deux frères qui essaient d'enterrer leur père et - accessoirement - la hache de guerre, la belle-mère acariâtre, le grand oncle impotent qui a une grosse envie, une femme qui veut acheter un appartement, un petit gros qui transpire, un grand maigre qui se prend des râteaux, un autre grand maigre qui court après une boîte de Valium, un grand niais qui ne supporte pas bien ledit Valium, la femme qui doit épouser le grand niais, et... un homme de petite taille.
    Curieuse compagnie, je vous l'accorde, mais le Seigneur n'a-t-il pas dit : "Il n'est de bonne compagnie qui n'ait des araignées au plafond" ?

    Aussi, mes frères et soeurs, levons-nous et chantons en choeur les célestes vertus de ces Joyeuses funérailles qui ont le bon goût (oui, je sais, "bon goût" et "anglais", ça a quelque chose d'antinomique) d'enterrer, 1h30 durant, toute morosité.

    Ahem.

    Père Chman, du diocèse Cent-Soixante-Quatre, spécialiste de la mise en bière.

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    October 21

    Bipez Clayton !

    75ème voyage :

    Quand ça ne va pas, je fais comme tout le monde, je vais voir mon médecin. Ca tombe bien, il consulte précisément en ce moment. Je suis donc allé le voir dans mon cinéma préféré. Oui, oui, au ciné. Car mon toubib est une star, qui ne consulte que sur grand écran. Ah ! Vous vous moquez ? En réalité, vous êtes jaloux ! Mon médecin, c'est le docteur Ross (*) et ça vous la coupe, hein ? (la parole, évidemment)

    Eh oui, l'inusable George Clooney - immortel Dr Ross - nous revient plus fringant et plus mince que jamais. Remarquez, après Syriana, un petit régime ne pouvait pas lui faire de mal... (petite séquence de jalousie gratuite, eh, eh, eh...)
    Et il est d'une sobriété exemplaire, le George, dans son nouveau film : Michael Clayton. Un jeu tellement dépouillé qu'on ne voit même plus ses traditionnels petits hochements de tête, regard vers le bas avec un léger sourire. Non, là, c'est le Slim Fast de l'interprétation.

    Mais revenons-en à Michael Clayton. Un film plus ou moins engagé, dans lequel un avocat fauché, joueur (sont des mots qui vont si bien ensemble, si bien ensemble...) et peu scrupuleux finit par découvrir que son principal client, une grande firme de produits chimiques, trempe, que dis-je, baigne dans une histoire pas très nette, avec plein de pauvres bougres exposés aux effets toxiques d'un pesticide un peu... "virulent". Et figurez-vous qu'une série d'événements va le pousser à s'impliquer davantage. L'un de ces événements, notamment, c'est l'explosion de sa bagnole. Avouez que ça vous amène à vous poser des questions, non? Même si vous n'êtes pas George Clooney. De toute façon, lui, dans la vraie vie, il roule en moto. Pas fou, le mec.

    Le plus drôle, c'est que l'explosion de la voiture est à la fois le fil rouge du film et en même temps son unique scène d'action. Parce que Michael Clayton n'est pas un film où l'on bondit, l'on flingue, l'on dynamite (à part la voiture, hein !). Tout se passe dans les rapports ambigus, les non-dits et la tension permanente qui pèsent sur les personnages. Les silences sont parfois plus redoutables que les armes.
    Et la distribution se fond parfaitement dans cette ambiance pernicieuse, en particulier la glaciale Tilda Swinton (la Reine Blanche du Monde de Narnianiania), terrifiante en juriste carriériste, prête à pactiser avec le diable pour parvenir à ses fins.
    Quant à Sydney Pollack, il nous prouve une fois encore qu'en plus d'être un cinéaste de talent, il est également un brillant acteur, impressionnant de présence et de retenue.
    Mais c'est le grandiose Tom Wilkinson (The full monty, Shakespeare in love) qui crève l'écran. En avocat déchu et psychologiquement fragile, il tient là l'un de ses meilleurs rôles.
    La réalisation de Tony Gilroy, plutôt spécialiste des films d'action (la saga Jason Bourne), sert d'ailleurs très bien ce casting impeccable.

    Mais sur le film en lui-même, ne m'en demandez pas plus. Car Michael Clayton est un film complexe, dans son propos comme dans sa construction. Rien n'est fait pour aider le spectateur à démêler l'écheveau des rapports qui unissent le monde des affaires et celui du droit aux Etats-Unis. Du coup, la première moitié du film paraît très embrouillée, voire hermétique. Et très lente. Très très lente. Très trèèèèèèèèèèèèèèèèès lente. Du coup, on se réveille en sursaut pour la seconde partie, magistrale, dans laquelle tout se révèle enfin.

    Au final, Michael Clayton est un film intéressant, à voir sans aucun doute, mais - et tant pis si je choque les puristes - peut-être pas en version originale, à moins d'être franchement bilingue. Ou de posséder parfaitement l'anglais des affaires et du droit. Sans quoi on se retrouve vite un peu paumé.
    Mais bon, il reste le plaisir d'entendre la vraie voix de George Clooney...

    What else ?

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    (*) A une lettre près, c'est véridique !

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    (Mais qu'est-ce qu'il a, ce George ?)

    October 09

    La dernière légion... Si seulement !!!

     74ème voyage :

    Arriver à placer dans le même film l'empire romain, les invasions barbares, les légendes arthuriennes, Bollywood et l'origine du Kung Fu, c'est déjà très fort.
    Arriver à le faire en partant du livre de Valerio Manfredi, La dernière légion, c'est encore plus fort.

    Et pourtant, ils l'ont fait !

    Il faut bien admettre que le bouquin n'est franchement pas transcendant. Pas de quoi faire un film à grand spectacle, avec muscles saillants, mâchoires prognathes et hordes de soldats qui s'éventrent dans la bonne humeur.

    Donc, logiquement, La dernière légion ressemble à tout, sauf à un vrai bon film. Il y aurait pourtant eu matière, avec un scénariste assez habile pour remanier l'histoire sans en supprimer le caractère épique (aïe !) ni le parti historico-légendaire. Manque de bol, le scénariste en question devait être en vacances au Honduras septentrional et on a pris un stagiaire pour le remplacer. Cela seul pourrait justifier que l'on frise à ce point le ridicule. (Surtout dans les dialogues, grands dieux !)

    En parlant de frisé (aux lardons), je ne suis pas sûr que le choix de Colin Firth pour incarner le vaillant général romain, grand pourfendeur de velus barbares préhistoriques, soit la meilleure idée du casting. Non, et pourtant j'aime bien cet acteur. Mais un Colin Firth, c'est taillé pour la comédie sentimentale ou le drame historique, pas pour le film de brutes à longs cheveux. Un Colin Firth, ça joue les artistes torturés, les zamoureux romantiques ou les maris cocus, mais pas les centurions. Qu'il laisse ça à Russell Crowe ! Et qu'on m'explique comment la barbe à Colin parvient à pousser de dix centimètres en trois minutes. C'est quoi ce mec, un loup-garou ? M'enfin, bref, y a pire que ça.
    En fait, il y a tous les autres personnages, déjà un peu fades dans le livre, qui deviennent ici parfaitement transparents, quand ce n'est pas risibles. La palme revient bien sûr au méchant de secours (celui qui arrive dans la deuxième moitié du film, parce que le premier est définitivement trop naze pour faire peur), l'abominable Vortigern, espèce de Dark Vador du pauvre. Mais même les personnages intéressants sont passés à la moulinette, Ambrosinus (génial Ben Kingsley, dont on se demande ce qu'il fiche dans cette galère romaine) est transformé en Gandalf baba cool, et la belle Vénitienne, Livia, est immolée sur l'autel des ventes internationales et devient donc une amazone perse. Je n'ai certes rien contre la plastique avantageuse de la divine Aishwarya Rai (j'en ai déjà un peu plus contre son imprononçable prénom !), mais bon, quand même...

    Tout le film finit par pâtir de ces bizarreries. A la longue, ça sonne faux. Fausse, l'émotion. Faux, les combats mous du genoux. Fausse, la musique plate et sans saveur. Et, pire que tout : Fausses, la Rome de carte postale et la Bretagne d'opérette.

    J'aurais aimé conclure par "Honnête, sans plus". Eh bin même pas. Sans plus.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité. 

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    Film perdu, cheveux gras.

    73ème voyage :

    Il y a une solution toute bête quand on n'a guère le temps de faire des notes, c'est d'aller voir des films pas terribles, donnant à peine l'envie d'en rédiger la chronique.

    Prenez 99 francs, par exemple. Un film qui aurait pu être utile par son pari de dénoncer la publicité et la société de (sur)consommation. La charge était gonflée; j'irais même jusqu'à dire séduisante. Et quoi de plus ironique que d'en donner le rôle principal à Jean Dujardin (très convaincant dans la peau du publicitaire à filles faciles et cheveux gras, paumé et puant), produit d'appel d'un film paradoxal ?

    Malheureusement, 99 francs tourne vite à la farce nombriliste sous acide. On s'y ennuie même franchement. Après Dobermann et (le désastreux) Blueberry, j'en arrive à penser que Jan Kounen (le réalisateur) devrait changer de métier.
    Quant à Frédéric Beigbeder, loin de s'effacer derrière son oeuvre, il apparaît toutes les vingt minutes et l'on finit par se demander si le film n'est pas un monument cocaïné à sa gloire d'écrivain mondain égocentré.

    99 francs, ça me paraît largement exagéré. Deux roupies, et encore...

    Cinéphage Fogg, gentleman  illimité.

    (Allez, trois bonnes choses dans le film, quand même : l'interprétation intéressante de Jocelyn Quivrin, la troublante sensualité de Vahina Giocante, et la super forme physique d'une souris blanche.)

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    (On a retrouvé les frères Bogdanov !!!)  

    September 16

    Ceux qui restent sur leur faim.

    72ème voyage :

    Dans le film d'Anne Le Ny, Ceux qui restent ce sont Bertrand (Vincent Lindon) et Lorraine (Emmanuelle Devos), deux êtres un peu à la dérive, ayant chacun un conjoint atteint d'un cancer. Evidemment, c'est ce qui va les rapprocher. Evidemment, ils vont se trouver. Evidemment, ils vont finir par se "réconforter" mutuellement. Evidemment, on verra les seins d'Emmanuelle Devos, et, évidemment, les fesses de Vincent Lindon. Evidemment, ce film ne sera pas inoubliable.

    Bin non, ce n'est franchement pas un chef d'oeuvre. Pourtant, on sent qu'il y a une volonté de "bien faire", mais ça ne suffit pas.

    Vincent Lindon joue bien (non, ce n'est pas du deuxième degré pour une fois, je le pense), sans trop d'excès, même s'il marmonne de plus en plus. J'avais, d'ailleurs, deux ancêtres derrière moi qui n'arrêtaient pas de se demander l'une l'autre et à haute voix : "Qu'est-ce qu'il a dit ?"
    Je vais zapper sur la prestation d'Emmanuelle Devos parce que, décidément, j'ai un problème avec cette actrice.

    Sinon, le ton est assez juste dans la première partie du film. Si le sujet est grave, on se surprend tout de même à sourire parfois. Mais la seconde partie est décevante. Elle part dans plusieurs directions incertaines, insistant lourdement sur le thème de la culpabilité puis du sacrifice dans lequel s'englue le personnage de Bertrand. On nage dans la mélasse.
    Et ce qui m'a gâché pas mal le film, c'est une post-synchronisation déplorable qui ruine totalement certaines scènes.
    Et j'ai même pas pleuré. Pas une scène pour m'arracher la moindre petite larme. Pfffff...

    En sortant de la séance, je repensais au superbe film coréen April snow. Et je me suis dit que Ceux qui restent est un film sans âme.

    Pas de quoi nous donner envie de rester, finalement.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    September 04

    Antonio Vivelavie, ça pionce à Venise.

    71ème voyage :

    Mea culpa. Mea maxima culpa.

    Oui, je l'avoue, j'ai été attiré par les fastes de la cour des Doges, par le mystère des masques et le romantisme des gondoles. Et je suis donc allé me perdre dans Antonio Vivaldi, un prince à Venise, biographie bâclée et assommante signée Jean-Paul Guillermou. Et ça, ça ne s'invente pas... 

    Voilà effectivement un film qui s'enfonce lentement dans la lagune de l'ennui.
    Tout y est minimaliste : le jeu des acteurs, les décors, les maquillages, la figuration, les propos... jusqu'à l'intérêt même du film.
    Non content de nous y imposer des scènes sans envergure ni cohérence, on nous inflige le jeu laborieux d'acteurs (dont certains épouvantablement doublés) qui ânonnent des textes mal écrits.
    Ce n'est plus Venise, c'est l'Atlantide !
    AU SECOURS !!!

    Surnagent au milieu de ce Titanic visuel les moments de folie mal canalisés (heureusement !) des deux Michel : Serrault et Galabru. Un soulèvement de paupière tout de même pour la scène du dîner chez l'ambassadeur de France, avec le pétage de plomb complice de Michel Serrault et Bernard-Pierre Donnadieu (formidable acteur, malheureusement trop rare).

    A part la musique, les costumes et les cannes, il n'y a rien à sauver, donc, de ce malheureux Vivaldi qui n'avait rien demandé à personne. Et il faudra rappeler à monsieur Guillermou-du-genou cette évidence : ne fait pas Amadeus ou Tous les matins du Monde qui veut. 

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité, bientôt arrivé.

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    August 23

    Planète terrible !

    70ème voyage :

    Fidèle à mon légendaire esprit de persévérance, je suis allé jeter mes deux yeux sur le deuxième volet des films-hommages Grindhouse, orchestrés par les deux fondus (enchaînés) Quentin Tarentino et Robert Rodriguez. Deux parfaits arnaqueurs qui, jusqu'à présent, ont réussi à faire croire qu'ils étaient cinéastes.

    Ce second et - en principe - dernier épisode s'intitule Planète terreur. Et, accessoirement, ne ressemble à rien. Oui, parfaitement. En tout cas, si - et c'est improbable - il y a un scénario, je n'y ai strictement rien compris. En revanche, ce que j'ai absolument intégré, c'est qu'au milieu de ce gigantesque foutoir visuel, il y a des zombies et des pas zombies. Et que les pas zombies ont vachement de mal à ne pas servir de quatre-heure aux zombies qui ressemblent tous à Elephant Man et ont une prédilection pour le steak tartare.

    Bon, je vous entends déjà grommeler : "Mouais, c'est pas très original tout ça, on l'a déjà vu cent fois, et patati et patata..." Certes ; et vous n'avez pas tort (boyaux). D'ailleurs, le Rodriguez, il fait à peine mystère de ses influences, tant certains plans semblent tout droit sortis de chez Romero (La nuit des morts-vivants) ou Carpenter (Assaut, New-York 1997), dont il emprunte en plus le style musical. Et puis le Bob étale également sa sympathie pour son ami Quentin Tarentino, à qui il refile un rôle fichtrement oscarisable de zombie à quéquette lépreuse. Il ajoute même un clin d'oeil à Boulevard de la mort (écoutez bien ce qui se dit à la radio), reprend le personnage délirant du shérif Earl McGraw (Michael Parks, inusable) et exhume lui aussi un acteur mort : après Kurt Russell, voici qu'on nous ramène à la lumière un Michael Biehn pas trop poussiéreux, avec toujours son regard noir de mec-qui-est-en-colère. Et, tant qu'à compléter le casting avec un acteur connu qui joue pour rien, il nous balance Bruce Willis dans un rôle de second couteau aussi développé qu'un confetti.

    Alors quoi ? Là, normalement, vous hurlez au scandale. Si, si, j'entends vos reproches hystériques : qu'est-ce que c'est que ce film de zombies aussi original qu'un quartier de boeuf sur l'étal d'un boucher ?!! Je ne sais pas. Il paraît que l'intérêt réside également dans le traitement tout pourri de la pelloche, sensé plaire à d'hypothétiques nostalgiques des drive-in (pour ce qu'ils devaient suivre le film ceux-là ! Depuis quand va-t-on dans les drive-in pour REGARDER UN FILM ?). En revanche, ce qui peut plaire - et pas qu'aux nostalgiques - ce sont les vieux plans d'obsédé sexuel du réalisateur sur les popotins et les roploplos. Incroyable. Au milieu de la boucherie, entre les intestins volants et les cervelets orphelins, Rodriguez se prend tout d'un coup pour un artiste et met en scène les provocantes formes ondulatoires de Rose McGowan et Marley Shelton. Cela dénote quelque peu avec le catalogue de bubons, furoncles purulents et autres suintements qui classent aisément ce film dans la catégorie cradingue. Dieu que ce film est laid ! (Et si vous lisez ces lignes pendant votre pause déjeûner : bon appétit !)

    Pour autant, il n'est pas mauvais. La musique dépote et les acteurs font plutôt correctement leur boulot, sans se prendre au sérieux. Parce que c'est sûrement la qualité principale de ce film : son humour. Plutôt du second degré. Rien ne nous est épargné, mais c'est tellement énôôôôôôôrme, qu'au bout du compte ça en devient franchement drôle.

    L'objectif de Rodriguez est donc bien mieux atteint que celui de Tarentino avec Boulevard de la mort : Planète terreur est un film de série B qui se laisse regarder sans déplaisir.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Le monde est plein de zombies, mais ça lui fait une belle jambe...)

    PS : Vous avez vu ? Plus que dix !

    August 16

    Police-manne.

    69ème voyage :

    Fatigué de la ville et des rats qui la peuplent, j'ai tourné mes pas vers la riante campagne anglaise, celle des petites villes pittoresques où la vie suit calmement son cours, sans excès, pour le bien de tous.
    C'est comme ça que je me suis retrouvé à Sandford, accompagnant le super flic Nicholas Angel, tellement efficace que la police londonienne a dû se résigner à s'en séparer. En effet, les exponentielles réussites statistiques d'Angel ont réussi à miner le moral de ces petits camarades. Très mauvais pour la cohésion du groupe, ça ; alors hop, exit Angel !

    Le voici donc muté dans un patelin mignonnet mais désespérément rural et calme, flanqué d'un partenaire à la limite du retard mental. Seuls quelques accidents viennent parfois émailler le quotidien de la paisible bourgade. Un peu trop, d'ailleurs, au goût du robocop citadin qui, du coup, se met à voir le crime partout.

    La suite est un pur bonheur, une perle d'humour anglais dans un écrin de folie. Car Hot Fuzz est avant tout une comédie, brillamment menée par un casting exceptionnel qui vaut le coup qu'on s'y arrête.
    En tête d'affiche, on retrouve Simon Pegg (tintin habillé en schtroumpf) et le bedonnant Nick Frost, tous deux échappés de Shaun of the dead. C'est qu'il nous a fait peur le Simon, quand il est parti faire un tour dans les bras des sirènes hollywoodiennes, sur le désastreux Mission impossible 3 ! Heureusement, il en a réchappé. Autre mort-vivant qui nous revient lui aussi : Timothy Dalton !!! Eh oui, l'ex-James Bond, toute moustache dehors se livre même à un numéro de "méchant" très jubilatoire. A chacune de ses apparitions, je trépignais de joie sur mon fauteuil.
    Autour d'eux, une formidable brochette d'acteurs tous plus enthousiasmants les uns que les autres, parmi lesquels on reconnaît Jim Broadbent (Le journal de Bridget Jones), Paul Freeman (Les aventuriers de l'Arche perdue, Les chiens de guerre), Edward Woodward (la série TV Equilizer), David Bradley (Rusard dans les Harry Potter) ou encore, pendant quelques secondes précieuses, Bill Nighy (Pirates des Caraïbes 2 et 3, Love actually). Même Peter Jackson et Cate Blanchett viennent faire un petit clin d'oeil, mais faut le savoir, parce que sinon on passe vite à côté !

    Vous l'aurez compris, tout ce petit monde s'en donne à coeur-joie. Mon dernier bon souvenir de cet ordre était l'excellent Cashback. Encore un film anglais.
    Hot Fuzz, c'est un peu Chapeau melon et bottes de cuir (la série, surtout pas le film !) à la sauce Inspecteur Harry. Ce genre de mélange improbable, seuls les Anglais savent le rendre brillant.

    Tout simplement jouissif.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité. 

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    (Aaaaah, ça fait du bien de le revoir celui-ci !)

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    (Foggy & Hutch)

    August 14

    A ne pas rat-er.

    68ème voyage :

    Cédant au matraquage publicitaire, et conscient de vous avoir trop longtemps délaissés, je suis allé voir Ratatouille, le dernier mets des studios Pixar. J'aimerais écrire que c'est la surprise du chef, mais ce ne serait pas totalement exact, tant le menu dudit studio est riche de délicieuses spécialités (Toy Story, Les indestructibles...) malgré, il faut bien le dire, quelques mixtures indigestes (Cars).

    A mes yeux, Ratatouille figure dans le haut de la casserole.

    Animation impeccable, gags efficaces, humour omniprésent...  Tous les ingrédients sont là pour que chacun, quel que soit son âge, puisse se régaler. Et, cerise sur le gâteau, un effort tout particulier a été fait sur les couleurs et le son : un vrai plaisir des sens !

    Mais la dégustation est surtout rendue savoureuse par l'accumulation de détails, dont bon nombre doivent encore nous échapper à la première bouchée. Et la cuisson juste comme il faut du caractère des deux principaux "vilains" du film. Skinner, le chef, commence par prendre un faux air de Yoda, avant de devenir un clone habillé du Gollum de Peter Jackson. Quant à Anton Ego, le critique gastronomique, on dirait un Remo Forlani vampirique, avec son bureau en forme de cercueil et sa machine à écrire qui ressemble à une tête de mort.
    Bon, le seul tout petit cartilage dans la béchamel, c'est que parfois la sauce tâche un peu. Ainsi le petit couplet moraliste sur la critique est un peu lourd à digérer et la fin m'a paru bien décevante, comme s'il était l'heure de fermer et qu'on vire les derniers clients en éteignant les lumières. De même, le goût des autres personnages est un peu altéré par les deux excellents méchants. Enfin, il faut avouer qu'on nous sert un Paris de carte postale et une gastronomie de Carte Postale Gourmande (sans Jean-Luc Petitrenaud).

    Malgré ces minuscules cailloux dans les lentilles, Ratatouille reste un pur chef-d'oeuvre d'animation garni de trouvailles visuelles à consommer sans modération.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    July 25

    Harry Potter et l'Ordre du raccourcix.

    67ème voyage :

    Et de cinq !

    Je suis en effet allé voir le cinquième épisode des aventures du jeune sorcier binoclard et scarifié, qui a bien des tourments avec Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais dont on peut tout de même dire qu'avec sa tronche de hareng pas frais, on comprend qu'il soit légèrement en colère parce que ça ne doit pas être évident pour emballer les filles (les vraies, hein, pas Bellatrix Lestrange, ce clone dégénéré d'Amélie Nothomb ou de la fiancée de Frankenstein).

    Bref.

    On commence à sentir approcher la fin. En tout cas, celle de la saga littéraire, ayé, c'est chose faite. Comme je suis un peu meilleur dans la langue de Molière que dans celle de Shakespeare, je vais attendre la version frenchie pour me délecter de l'épilogue. Enfin, "épilogue"... Il semblerait plutôt qu'on s'achemine vers une énorme boucherie, et mes tripes commencent déjà à faire des triples noeuds. Pour autant, cette  sourde inquiétude ne touche pas que le livre. Aussi, revenons-en au film.

    Donc, le défi mathématique du réalisateur David Yates était somme toute assez simple : comment résumer en deux heures et de la poudre de cheminette un pavé de 1031 pages ?
    Réponse : EH BIN Y PEUT PAS !
    Il y a donc eu tranchage, troncage, retirage, raccourcissage, et au final il ne reste plus grand'chose d'une oeuvre pourtant très riche. A trop couper, on finit avec un moignon ; n'importe quel chirurgien militaire vous le dira !
    Du coup, certaines scènes tombent carrément à plat, voire virent à l'anecdote un peu hors-sujet : les cauchemars de Harry, son intrusion dans la mémoire de Rogue, les Sombrals... Autant d'éléments importants qui sont traités par-dessus la jambe de bois de Maugrey Fol Oeil. D'ailleurs, l'Ordre du Phénix apparaît plus ici comme un club de vacances pour sorciers que comme un groupe de résistance. Embêtant. Quant à la relation entre Harry et son parrain - très forte dans le livre - elle se limite un peu ici à "Bonjour, passe-moi le sel." Regrettable.

    Pourtant, le film règle (involontairement ?) un problème : dans le livre, la partie qui se passe au début square Grimmauld est un peu longue. Réduite, elle passe mieux et l'on arrive plus rapidement à Poudlard.
    De même, c
    ertaines scènes demeurent sympathiques, comme la sortie des jumeaux Weasley ou le voyage en balai la nuit au-dessus de Londres.
    Et puis il faut reconnaître qu'à force, le casting des seconds rôles est un concentré de la crème des acteurs britanniques : Ralph Fiennes, Gary Oldman, Alan Rickman (je l'adore ; on le voit trop peu), Maggie Smith (de plus en plus parcheminée), Michael Gambon (qui peine encore à faire oublier Richard Harris), Emma Thompson, David Thewlis, Brendan Gleeson, Robbie Coltrane, Imelda Staunton, Helena Bonham-Cater, Jason Isaacs, Fiona Shaw... Seul manque cette fois-ci à l'appel l'inénarrable John Cleese, alias Nick-Quasi-Sans-Tête. Mais du coup les performances de ces acteurs chevronnés (qui se sont pour certains déjà croisés sur des films de Kenneth Branagh, Tim Burton ou  Ridley Scott) relèvent souvent les prestations boiteuses ou hésitantes des premiers rôles.

    Cette étrange alchimie donne au final un film pas désagréable à regarder, même si, pour un fan, on a davantage l'impression d'assister à la bande-annonce géante du bouquin.
    A lire, donc.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    PS : Pendant que je laissais ce blog vivre sa vie, Monsieur Spacemsnmachinmesroupettes en a lâchement profité pour changer quelques éléments de l'interface. Et hop ! Comme par magie je me retrouve avec des trucs en plus, ou en moins. Par exemple, je ne peux plus réduire la taille des images. Vous serez donc condamnés à vous les farcir EN GROS, jusqu'à ce que je trouve une solution. Ahlala, la défense contre les forces du Mal ne laisse aucun répit ! 

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    (Cinéphage Fogg fait des étincelles...)

    July 11

    McClane et le boeuf.

    66ème voyage :

    Bon, pour commencer, je sens qu'il va falloir que j'explique le brillant jeu de mot qui tient lieu de titre.

    McClane, c'est Bruce Willis dans Die Hard 4 : Retour vers l'enfer. Pour ceux qui viendraient à peine de sortir de l'abri anti-atomique dans lequel ils auraient été enfermés depuis 1988, je rappelle le processus scientifique connu sous le nom de "principe Die Hard". Au commencement était un film : Piège de cristal. Un putain de bon film d'ailleurs, surtout quand on se replonge dans le contexte de l'époque, alors que le mythe du pauvre type embarqué à son corps défendant dans le sanglant mic-mac d'un affreux complot terroriste était encore une (relative) nouveauté. Donc, un jour, débarqua sur les écrans l'inspecteur John McClane et le monde en fut notoirement bouleversé.Car John McClane a une particularité qui le rend épuisant : il ne veut pas mourir. Cela arrangerait tout le monde (les terroristes, les scénaristes, l'acteur principal...), mais non, il ne veut pas. Décidément pas. Là où un être humain normalement constitué serait déjà mort un petit milliard de fois (d'ailleurs, à force, on ne compte plus les morts dans cette série, parce que les autres, eux, mordent la poussière normalement), il y a John McClane. Incassable, le Johnny. 

    Pour les suivants, il a fallu faire preuve d'imagination, parce qu'il y avait de moins en moins de piège et plus du tout de cristal. On nous a donc pondu un Cinquante-huit minutes pour vivre moyen-bof et un Une journée en enfer assez enthousiasmant. Mais pas facile de voir une saga dans tous ces titres différents. Du coup, pour le quatrième, on revient au générique, comme pour les médicaments, et il est sobrement baptisé Die Hard 4 : Retour en enfer.
    Hélas McClane, comme son interprète, commence à se faire vieux. Et le concept a fait long feu. Il fallait le faire remonter sur le ring une dernière fois, comme Rocky Balboa. Et y mettre le paquet. Un bouquet final en quelque sorte. Si pour James Bond c'était Jamais plus jamais, là, ça vire au "Toujours plus toujours". Tiens, en passant, autre comparaison avec James Bond : la mode des Yamakazi. Il y en avait déjà un au tout début du gerbatoire Casino Royale, et voilà que Die Hard s'en paie un aussi dans le rôle d'un mercenaire de service. Fin de la parenthèse bondissante.
    Je ne vois donc que la volonté d'en finir qui puisse expliquer que les producteurs aient choisi pour réalisateur le boeuf parfait : Len Wiseman, le tâcheron qui avait déjà commis Underworld, épisodes 1 et 2, et qui rien que pour cela devrait être interdit de caméra à vie.

    On pouvait donc décemment imaginer que cette fois, John McClane ne s'en remettrait pas. Bin si. Et hauts les mains, même ! Avec son éternel sourire en coin, sa morgue (et la manie d'y envoyer ses ennemis), ses réparties à deux balles de 22 long-riffle, sa lubie de se coller du sang partout et ses répliques-cultes ("Yipee-Ki-Yay, pauvre con !"), il passe toutes les épreuves.
    D'ailleurs, on est en droit de se demander si Die Hard n'est pas le creuset d'une expérience scientifique (d'où le "principe" édicté plus haut) qui vise à balancer un quidam sur les murs, à le faire tomber de tout ce qui se trouve en hauteur, à le brûler, à l'écorcher, à le trouer de partout, etc. pour voir ce qu'il peut advenir. Et que croyez-vous qu'il advienne ? Bin il sauve le Monde. Enfin, les-US-donc-le-Monde. C'est mathématique. L'Américain moyen, pas maso pour deux dollars, plus il s'en prend dans la cafetière, plus il pense à sauver le Monde. CQFD. On a tout une conception du film français à revoir avec ça !

    Bon, bon, allez, je vais faire plaisir à ceux qui me reprochent de parler trop négativement des films : j'ai bien aimé Die Hard 4. C'est rythmé, drôle, plaisant, et on passe un bon moment. On ne voit d'ailleurs pas défiler les 2h20. Pour autant, ne me demandez pas de vous expliquer la conspiration, je n'y ai globalement rien pigé, et sincèrement je m'en moque comme de ma première kalashnikov.
    Comme d'habitude, c'est le quatuor McClane / le vilain / le membre du clan McClane / le mec qui passait par là qui est vraiment intéressant. Et il fonctionne plutôt bien, même si madame a été remplacé - divorce oblige - par la fifille (l'une des nunuches de Boulevard de la mort), on y gagne. L'affreux s'en tire pas trop mal, même s'il n'arrive pas à la cheville d'Alan Rickman ou de Jeremy Irons. Quant au faire-valoir, l'idée d'associer au vieux flic ronchon un ado hacker qui parle en geek donne matière à des scènes réjouissantes.

    Cet enfer-là, ma foi, n'est pas si désagréable. (Surtout grâce à l'éphémère présence de l'actrice Maggie Q - transfuge de Mission impossible 3 - qui a décidément un joli petit... nez.)

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Les nouvelles aventures de Tif et Tondu !)

    July 09

    Satrapi qui croyait prendre.

    65ème voyage :

    Ayant réussi à combler tant bien que mal l'abyssal retard qu'était le mien, je me suis offert le luxe d'aller voir un film de moins de deux mois. Et j'ai décidé de frapper fort : je suis allé voir Persepolis. Frapper, oui, c'est bien le terme qui convient.

    Je m'explique.

    Je connaissais déjà la bande-dessinée de Marjane Satrapi. Son humour. Son dessin simple, mais pas simpliste. J'avais vu la bande-annonce. Rien ne semblait donc pouvoir me surprendre. Mais c'était sans compter sur cette persepolissonne de Marjane.
    De son la simplicité de son dessin en noir et blanc (intelligemment saupoudré de tâches de couleur) se dégage une atmosphère tantôt lourde, tantôt légère, souvent deuxième degré, apte à provoquer aussi bien le rire que les larmes.
    J'avais également un peu peur des voix. Pas de celle de la grande Danielle Darrieux, mais plutôt de celles de "La fille de..." Chiara Mastroianni et de notre Knacky nationale : Catherine Deneuve. Nouvelle surprise : le casting fonctionne impeccablement, et donne plus de profondeur aux personnages.
    Enfin, je savais bien qu'il fallait s'attendre à une critique de la révolution iranienne et pourtant, là encore, j'ai été surpris. Certes, il y a un parti-pris, celui de l'expérience vécue et des souvenirs. Mais la façon de raconter, la liberté de ton et la vérité des personnages finissent par happer le spectateur complice pour en faire un témoin, presque un confident. Du coup, on est davantage touché par ce qui se passe à l'écran, et c'est en cela que le film est (aussi) une réussite. On pense voir une comédie, et on se prend une claque. Et la baffe finale laisse un peu k.o., avec un drôle d'arrière-goût dans la bouche, comme si, nous aussi, on venait d'abandonner un pays.

    A en juger les éloges que j'ai entendues ici et là, je crois que nous sommes quelques-uns à être frappés de satrapisme convergent.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Satrape-moi... si tu peux)

    Boulevard de la mort : Un film Grossebouse.

    64ème voyage :

    Ce n'est pas nouveau : Tarantino est une énigme. Pas seulement cinématographique, mais ici on se limitera à ça, c'est déjà pas mal. Pourtant, on sait qu'il aime les nanards, on sait qu'il voue un culte aux séries Z (et encore, parcequ'il n'y a plus de lettre après !), on sait qu'il réussit à réunir des castings improbables pour des films qui ne le sont pas moins... et à chaque fois, on se fait avoir.

    Ce fut mon cas avec le dernier en date : Boulevard de la mort : Un film Grindhouse. La sombre histoire d'un malade en auto qui prend son pied à écraser les jeunes sottes états-uniennes qui, elles, ne pensent qu'à boire et b...
    Mad Max, à côté, c'est du Kubrick.

    C'est un film... comment dire ?... Canada dry. Il a la couleur d'un film de série Z, le goût d'un film de série Z, bref il ressemble à un film de série Z... et ça tombe plutôt bien puisque C'EST un film de série Z. Mais pas dans notre monde à nous. Dans un univers parallèle, un truc d'une autre dimension ou d'une autre réalité. Un monde où Tarantino ne serait pas un extraterrestre capable de mettre en présence un psychopathe du pauvre avec un troupeau de pétasses à grosses lèvres, conversation limitée et jambe (très) légère. Un monde où l'on ne fait pas un long métrage en scotchant deux moyens bout-à-bout. Un monde où l'on ne manie pas une caméra comme si c'était une tronçonneuse.
    Dans le rôle du psychopathe motorisé, on a déterré Kurt Russell. Ou du moins un clone d'Alain Delon vieux qu'on essaie de nous faire passer pour Kurt Russell. Finalement, c'est le côté plutôt sympa du film, cette résurrection. Mais pour le reste, pas de miracle. On assiste, stupéfait, à un joyeux mélange entre Duel et Shériff fais-moi peur, avec la désagréable impression de passer à côté d'une palanquée de références au cinéma Z américain. Le tout enrobé une sauce bavarde un peu lourdingue, qui frôle l'indigestion. Bof.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Femmes au volant...)

    2x3 pour le prix d'1.

    62ème et 63ème voyages :

    Après Pirates des caraïbes 3 et Ocean's 11 3, j'ai décidé de poursuivre dans la thématique chiffrée en allant voir Spiderman 3 et Shrek... euh... le troisième. D'abord, pour Shrek, c'est quoi ce titre à la con ? "Le troisième" !? Pourquoi pas "le deuxième plus un" ? Ou  "presque le quatrième" ? Ouais, enfin, bon, on ne va pas tortiller du popotin, je suis donc allé voir Shrek 3. Voilà, et puis c'est tout. Et comme je suis un peu charrette, je vous fais un joli package, comme sur certains DVD, deux films pour une seule (looooongue) chronique.

    A tout seigneur tout honneur, commençons par l'insecte. Quoi, "rhôôôôôô!" ? Ce n'est quand même qu'une araignée, ne l'oublions pas !
    Spiderman 3 donc. Deux plus un, lui aussi. Même si le film n'est pas tout-à-fait déplaisant et même si on aime les super-héros (parce qu'ils sont jeunes, qu'ils sortent du commun, qu'ils ont un POUVOIR, une identité secrète et souvent un costume ridicule, parce qu'ils n'ont pas trop de difficulté à emballer les filles), il faut bien reconnaître que cet opus (ô puce ?) ne révolutionnera pas le genre.
    Peter Parker a légèrement pris le melon depuis le film précédent, il nous joue la crise d'adolescence en mode "bad guy" à cheveux gras et mèche tombante sur un air de "Noir c'est noir". Mais qu'on se rassure, il est toujours aussi niaisou, comme le prouve la scène du pont, à l'intensité dramatique insoutenable. Là, l'illustration sonore aurait pu être "Avec mon p'tit bouquet j'avais l'air d'un con", sans problème. Et pour qui se prend-il pour The Mask, le cousin Peter ? Eh voui, pour la toujours aussi tarte et exaspérante Mary-Jane (un peu garce aussi, d'ailleurs).
    Donc, rien de nouveau.
    Pas plus avec le faux méchant interprété par un James Franco aussi subtil que Rantanplan mais qui nous refait très bien le coup du Bouffon vert, avec des sourcils très très bien froncés. On sent l'Actor studio...
    Mais ne caricaturons pas tout, il y a quand même de bons moments qui font (presque) oublier que le film est un peu long. Les effets sonores, par exemple, sont très réussis. En tout cas, ils maintiennent éveillé. Le personnage du patron de Parker, J. J. Jameson, et la traditionnelle apparition de Bruce Campbell font passer de bons moments. L'Homme-sable est plutôt réussi, il aurait presque mérité d'être le seul méchant du film, d'être un peu plus développé et non de se voir transformé en Bibendum chamallow dans le combat final.

    Donc, si l'on fait abstraction de ces quelques détails, de l'horripilante manie de coller le drapeau US en arrière-plan sur plus de 50% des images et d'une morale finale à deux balles (du genre "Sois gentil, parce que si t'es vilain, c'est mal ; t'auras pas de bons points, tu brûleras en enfer et tu pourras pas épouser la pénible de service"), Spiderman 3 se laisse regarder. Avec - ô joie ! - la quasi certitude d'avoir un numéro quatre, puisqu'on nous amène tout doucement, et sur un plateau, le personnage du Lézard. Chouette, on n'a pas fini d'être envahis par les insectes !

    Mais changeons de gabarit et passons au géant vert. Avant d'y passer, du reste, j'ai dû me farcir pour la deuxième fois la pub Société générale, oui, la séquence super énervante avec le zob sur pattes (il faudra que je la trouve sur Youtube celle-là, histoire que je puisse vous l'infliger aussi, y a pas de raison).
    Finalement, après avoir survécu à la réclame, j'ai eu le droit de voir Shrek 3, prisonnier d'une salle bondée de chiards, vacances obligent. D'ailleurs, je me demande encore ce qu'ils foutaient là, les marmots, parce que Shrek, ce n'est carrément PLUS pour eux ! D'abord il y a les super jeux de mots que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendrrrrreuh (par exemple : "les rats de marais", uh uh uh !), et ensuite il y a la petite centaine de références à des émissions des années 80 (L'île aux enfants, Hong Kong Fou Fou, L'homme qui valait trois milliards, etc.).
    Quant aux personnages principaux (Shrek et Fiona), ils sont un peu là pour servir la soupe à d'autres personnages bien plus intéressants : le Chat botté est délicieux, Merlin est une réussite en vieillard sénile à robe de chambre, chaussettes et sandales, et le Roi grenouille est à mourir de rire (mon seul regret est de n'avoir pas vu la version originale, car j'imagine que la voix de John Cleese doit rehausser la performance).
    Pour le reste, ben le côté conte de fée "alternatif" en a pris un coup. Il n'y a plus la surprise du premier, ni le côté poil à gratter du second. La trame de fond est plate comme de l'eau de source, et il faut forcer sur la dose de gags pour animer tout ça. Et j'ai une grosse inquiétude pour l'avenir : deux suites sont prévues. Mais avec quoi ? Les enfants de Shrek et Fiona (avec ceux de l'âne et du dragon, bonjour l'équipe !) ? Et avec quelle base ? Vu qu'ils ont gratté les fonds de tiroir en pillant les légendes arthuriennes, que leur reste-t-il à se mettre sous la dent ? Grimm, Pérault, Andersen, tout y est passé... Alors quoi ? Les contes de Canterbury ? Marie-Rose et la forêt magique ???

    Naaaan, ils vont sûrement trouver un truc génial et c'est tant mieux. Oui, j'essaie de me persuader, et alors ? En attendant, vous pouvez aller voir Shrek 3, il risque fort d'être le dernier bon film de la série.

    Promis, pour conjurer la malédiction des 3, j'irai très vite voir Die Hard 4 et Harry Potter 5 ; ça vous va ? En attendant, soyez sages et ne vous prenez pas trop pour des super-héros.

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    (Renversant, non ?)

    June 29

    Par-delà les Ocean's...

    61ème voyage :

    Ouf ! J'ai réussi à me dégoter deux heures pour Ocean's 13 !

    Aparté : Rhôôôlala, ça ne va pas du tout ! Il faut que je me resaisisse (du bon pied) ! A quoi ça sert d'avoir une carte illimitée si c'est pour aller aussi peu voir de films ? Bon, allez, hop ! une bonne résolution de début d'été : essayer de combler un peu le retard pour clore ce démentiel tour du monde en 80 films.

    Fin de l'aparté, revenons-en à nos clooneries.

    Soyons sincères : la trilogie Ocean's..., c'est quoi ?
    - une bande d'acteurs un peu dans le potache et qui semble bien s'entendre ;
    - de beaux costards proprement taillés dans de jolis tissus ;
    - de l'humour, et parfois même du second degré (Nooooon ?! Si.) ;
    - de la goude musique ;
    - et Las Vegas avec sa légendaire humilité et son non moins légendaire bon goût.

    Force est de constater que le troisième opus ne déroge pas à la sainte recette. Même s'il est brillamment intitulé Ocean's 13 pour faire plaisir aux numérologues et aux joueurs du loto... Et aussi parce que Ocean's 11.3, c'est moyennement vendeur, ça fait logiciel (mon mari !), pas film.
    Même formule, donc, mais cette fois l'humour est un peu absent, ou poussif. Les doublages aussi, puisqu'il n'a pas été jugé bon de reprendre forcément les mêmes voix françaises (en tout cas, pour Saul, c'est un peu gênant). Ouais, je sais, la prochaine fois, j'aurais qu'à le voir en v.o. !

    Pas de doute, donc, le coup de génie du premier épisode s'est - sans véritable surprise - transformé en coup de pompe à fric. J'ai tellement été déçu par Ocean's 11.2 que j'avais un peu peur en allant voir son petit frère.

    Ben finalement, nonobstant les remarques précédentes et la nouvelle couleur de Pacino, j'ai bien aimé Ocean's 13.

    Sans doute parce qu'il revient aux sources. Oubliées les gaudrioles du numéro 2, on revient à l'origine, la surprise en moins (hélas). On revient même à l'origine de l'origine, tant Ocean's 13 ressemble au modèle de base, L'inconnu de Las Vegas, avec Frank Sinatra et le Rat Pack (Dean Martin, Sammy Davis Jr, Peter Lawford, Joey Bishop...). D'ailleurs les références à Sinatra sont légion dans le film, jusqu'au "This town" final. Et globalement Ocean's 13 reste un film d'hommes. Exit Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones. Ellen Barkin hérite d'un rôle méchamment transparent ; m'enfin elle retrouve son vieux partenaire de Sea of love : Mélodie pour un meurtre, le maître Al Pacino.
    La composition de ce-dernier est assez jubilatoire, mais bizarrement c'est Andy Garcia (le vilain "récurrent") qui s'en tire le mieux, avec un temps de présence à l'écran pourtant dix fois inférieur.

    Comme le souligne la séquence où Clooney et Pitt se remémorent le Las Vegas de jadis, Ocean's13 est un film des années 50 tourné en 2000. Et pour un fan du Rat Pack comme moi, c'est ça qu'est bon !

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

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    June 24

    Entracte musico-cinématographique.

    Plutôt que de vous expliquer tardivement en long, en large et en travers (de porc) (de port ?) pourquoi j'ai bien aimé Pirates des Caraïbes 3 : jusqu'au bout du monde malgré ses longueurs, ses scènes bâclées, ses idées sacrifiées, ses personnages mal exploités et ses erreurs de mise en scène, j'ai décidé de fêter à la fois la Fête de la Musique et la Fête du Cinéma :