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    August 31

    Le vent l'emportera...

    18ème voyage :

    « Terre brûlée au vent

    Des landes de pierre… »

    J’avais deux bonnes raisons d’aller voir Le vent se lève.

    La moindre était la Palme d’or qui lui a été attribué cette année, damant le pion à un Volver houellebecquisé.

    Mais LA raison principale, c’était l’Irlande. Evidemment. Ma celtitude était toute émoustillée : j’allais pouvoir me gorger de landes, de moutons et de langage rugueux pendant plus de deux heures.

    Certes. J’ai eu ma dose. Mais c’était sans compter sur Ken Loach. On le connaît, Pépère, lui et son cinéma coup de poing, sans concession, brut de décoffrage. Et son Irlande ne ressemble en rien à celle de L’homme tranquille, mais plutôt à celle de The Field.

    Le vent se lève raconte la résistance acharnée d’un groupe d’Irlandais contre l’occupation anglaise dans les années 20. D’embuscades en arrestations, de tortures en assassinats, de convictions en doutes, en mêlant leur destin à l’Histoire, ces hommes et femmes vont voir leur vie à jamais bouleversée.

    La fin de la séance m’a trouvé fort dubitatif. Quant à la pertinence d’une Palme d’or, dans un premier temps, et, dans un second, quant au but recherché par Ken Loach. A force de bruit, de fureur, de cris et de violence, j’ai un peu perdu le sens du film.

    N’ayant pas totalement oublié mes cours d’Histoire, le film ne m’a rien appris de bien nouveau. J’en déduis donc que ce n’était peut-être pas l’objectif.

    Alors quel était-il ? Me faire détester les Anglais plus que ce n’est déjà le cas ? Quel intérêt ? Et avec quel manichéisme ! Je préfère me dire qu’il a voulu poser l’éternelle question de l’engagement et de la résistance, bref la question du sacrifice pour un bout de terre, un drapeau, une langue, une identité. Hélas, même cela, sous la caméra-moulinette du cinéaste devient aussi pénétrable que le brouillard sur la lande. Il lui aurait fallu le talent dramatique de Cimino ou le génie de Melville sur L’armée des ombres. Le vent se lève manque cruellement de silences, de temps morts et de non-dits. D’une bande originale plus présente aussi. Et cette obsession lourdingue de vouloir montrer que l’Histoire se répète !

    Pourtant, je ne peux nier qu’il y ait eu un (très) faible écho dans mon cœur de Breton exilé. En sortant de la salle, j’avais une petite musique dans la tête qui fredonnait :

    « J'ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
    Une troupe de marins, d'ouvriers, de paysans
    Où allez vous camarades avec vos fusils chargés ?
    Nous tendrons des embuscades, viens rejoindre notre armée

    La voilà la blanche hermine
    Vive la mouette et l'ajonc
    La voilà la blanche hermine
    Vive fougère et Clisson


    Ma mie dit que c'est folie d'aller faire la guerre aux francs
    Moi je dis que c'est folie d'être enchaîné plus longtemps

    Je viendrai à la nuit noire tant que la guerre durera
    Comme les femmes en noir, triste et seule elle m'attendra

    Et sans doute pense-t-elle que je suis en déraison
    De la voir mon coeur se serre là-bas devant la maison

    Et si je meurs à la guerre pourra-t-elle me pardonner
    D'avoir préféré ma terre à l'amour qu'elle me donnait

    J'ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
    Une troupe de marins, d'ouvriers, de paysans. »

    (Gilles Servat, La blanche hermine)

    La nuit est passée faire son œuvre. Je ne sais si elle a porté conseil. Mais ce matin la petite musique de ma vieille tête de bois (pen koad !) avait changé. C’était Brassens qui chantonnait :

    « Mourir pour des idées

    D’accord

    Mais de mort lente… »

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    Dernières séances...

    Carnet (de voyage) noir :

     
    Une vieille étoile d'Hollywood s'est éteinte. Sans bruit. A 90 ans. Joli score. Elle s'appelait... Glenn Ford.
    Difficile de passer à côté de cette "gueule", comme on dit au cinéma. On ne compte plus ses ouesternes (en français dans le texte). Moi, je retiendrai La ruée vers l'ouest. Allez savoir pourquoi...
    Mais il y a eu Graine de violence, Gilda, Paris brûle-t-il, La bataille de Midway. Il est même allé jusqu'à traîner ses santiags dans le premier Superman, où il jouait le papa de Clark Kent. D'ailleurs, on le voit en photo, dans un cadre, sur la cheminée, dans le consternant Superman returns. Un hommage avant l'heure.
    De mémoire, des géants d'Hollywood ne restent plus que Kirk Douglas (qui, paraît-il, tremblote un peu) et Charlton Heston (qui s'est taillé une bad bad réputation en soutenant publiquement le lobby des armes aux Etats-Unis).
    Une page se tourne.
     
    "C'était la dernière séquence
    C'était la dernière séance
    Et le rideau sur l'écran est tombé..."
     
    So long, cow-boy.
     
    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.
    August 26

    Ter repetita...

    Euh, il y a quelqu'un ? Ah.
    Non, parce que si vous ne savez pas quoi faire ce ouikende, et que vous seriez tentés par une toile, moi, je serais vous, j'irai voir J'invente rien (cf le 16ème voyage).
    Enfin, bon, moi, je dis ça, je dis rien...
    Mais ce serait peut-être dommage de passer à côté d'un bon film, non ?
     
    Cinéphage Fogg, gentleman persuasif.

    Nausicaa-nard laqué.

    17ème voyage :

    Aujourd'hui, cours de cuisine asiatique ! Le plat du jour : la fameuse recette Miyazaki !!! (Ouaaaaaaais, fait l'assistance)

    Donc, pour faire un Miyazaki tout neuf, déjà, il faut des ingrédients tout vieux. Ceux que l'on n'a pas finis d'utiliser la fois précédente et que l'on a soigneusement rangés dans un placard en se disant : "Faut pas gâcher, ça resservira toujours".

    Alors, vous commencez par prendre l'Humanité. Meuh non, pas le journal !!! L'Humanité, la vraie, la nôtre, la seule race des hommes sur Terre, celle avec un H majuscule comme dans "Housque t'as mis l'beurre ?". Bien. Vous la faites un peu tremper dans une sauce Hiroshima. C'est pour l'amertume, et pour lui donner un petit goût de "n'y revenez pas". Même si on va y revenir quand même, c'est inévitable, sinon ce ne serait pas un vrai Miyazaki.

    Faites cuire à petit feu dans un monde post-apocalyptique. Quand c'est bien chaud et que ça ne sent pas très bon, envoyez une pleine bassine de gros cafards baveux protégeant une forêt toute pourrie (attention, conseil du chef : plus les cafards sont gros et moches, meilleur ce sera). Pour corser la chose, mettez en face un géant de fer manipulé par une bande de petits cons ressemblant furieusement à une armée états-unienne version Moyen-âge. Et comme cela risque d'être encore un peu trop fade, épicez avec une autre bande d'andouilles qui n'ont rien compris au film, genre pêcheurs de thon rouge à Marseille.

    Coulez ensuite la mixture dans un moule "Princesse Mononoke", le même que la dernière fois, car, c'est bien connu, "rien ne se perd, rien ne se crée", comme disait Pierre Bellemare au télé-achat. Agrémentez avec la musique de Joe Hisaichi (c'est la petite touche surréaliste qui fera la différence).

    Et là, il n'y a plus qu'à balancer un enfant pré-ado programmé pour sauver le monde, et voilàààààààà ! Cuisson 1h56 en salle, et vous obtenez un magnifique : Nausicaä de la vallée du vent.

    Tout d'abord, petite précision sémantique : Nausicaä est un dessin-animé japonais. La dernière fois je m'étais gentiment fait enguirlander par Hemlock, maîtresse es-nippon, pour Origine, que j'avais prestement qualifié de manga (non, en fait, je m'étais plutôt fait fumer grave par Hemlock, mais bon...). En bon élève docile, j'ai retenu la leçon. Nausicaä est donc un dessin-animé japonais. Sauf que je suis un peu embêté, parce qu'à l'origine (la vraie, pas le film), c'est aussi un manga. Mais là c'est juste un dessin-animé japonais. Un "anime" comme disent les d'jeuns. Ca y est, vous êtes perdu ? Ca tombe bien, moi aussi. Mais ce n'est pas grave, ça ne gêne en rien la compréhension du film. C'était juste la minute nécessaire de culture orientale... La preuve : j'avais rien compris dans Origine, alors que Nausicaä est clair comme de l'eau de source (d'ennuis).

    A force de vouloir montrer à qui mieux mieux qui c'était le plus fort, l'Humanité a fini par se tirer une balle dans le pied. Une balle atomique. La Terre n'est donc plus qu'un gigantesque désert parcourue par une forêt qui s'étend chaque jour un peu plus. Le problème de cette forêt, c'est qu'elle dégage un gaz mortel qui empoisonne l'atmosphère (et la vie des riverains). En outre, elle est habitée par des hordes d'insectes géants qui ont dû être nourris au même sein que Floyd Landis. Malgré tout, quelques tribus humaines subsistent çà et là.

    Dans une vallée merveilleuse, un peuple pacifique vit en harmonie avec la nature. Mais hors de cette vallée, point de salut, toute encerclée qu'elle est par la forêt qui pue. Ce qui la sauve, c'est le vent qui y règne en permanence. Tellement qu'on dirait Brest. Et ils sont mignons les habitants de cette vallée, on dirait les Ewoks. Mais ils ont des voisins un peu remuants : un peuple de guerriers habillés en boîtes de conserve (les états-uniens) et un autre peuple méchamment bête (les pêcheurs marseillais). Evidemment, ce petit monde va venir s'étriper jusque dans la vallée merveilleuse. Avec une amélioration du paysage au moins comparable à celle de Total sur les côtes armoricaines. Alors la princesse des Ewoks décide de prendre les choses en main.

    Vous l'aurez compris, Nausicaä de la vallée du vent est une fable écolo à mort, tendance "Sauvons la forêt équatoriale". Et comme la recette Miyazaki est suivie à la lettre, pas de surprise. La vallée du vent fait fortement penser à La vallée perdue de James Clavell (avec Omar Sharif et Michael Caine). En moins noir et en moins violent. Bref, en tous publics. Oui, même les adultes peuvent y trouver leur compte. Certains thèmes peuvent faire réfléchir, et le film s'offre à plusieurs reprises des moments d'humour bienvenus. Car Miyazaki applique pour le coup la même recette qu'Hergé : son héroïne est simple, pure, lisse. Ce sont les personnages secondaires qui apportent la colère, la bêtise, la couardise, donc les défauts, quand bien même ce ne sont pas des "méchants". Dans Nausicaä, l'héroïne reste digeste grâce à ses petits camarades : le vieux bougon, le maître Jedi, les trois stooges complètement crétins, les vilains pathétiques...

    Et ça marche. Nausicaä se laisse voir avec un certain plaisir, pour ne pas dire un plaisir certain. Pendant presque deux heures on se rappelle que la planète est en danger, on rit, on pense à autre chose... et en famille. N'est-ce pas, après tout, ce que l'on peut légitimement demander à ce genre de film ? Bon appétit, donc.

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

     

    August 25

    Bis repetita...

     
    ???
     
    Mais, nom d'un p'tit bonhomme, que diable faites-vous encore là ? ALLEZ VOIR J'INVENTE RIEN, viiiiiite !!! (vos paupières sont lourdes, vous n'entendez que ma voix...)
    Pour ceux qui ne comprennent pas, voir plus bas !
     
    Cinéphage Fogg, gentleman obstiné (ou breton, pléonasme).

    Il n'a peut-être rien inventé, mais...

    16ème voyage :

    Il pleut sur l'Alsace. Mais je m'en moque, car aujourd'hui, j'ai un peu de soleil dans le coeur. Parce que j'ai vu un bon film, parce que j'ai vu un beau film, parce que j'ai vu une comédie.

    Gérard, toi qui, de tes limbes cinématographiques, me lit - je n'en doute pas - soit rassuré, la relève, elle, est assurée (tous risques). Oui, entre ici Gérard Oury ! Toi qui nous a laissé quelques-unes des meilleures comédies françaises, et quelques beaux nanars aussi, repose en paix, car ça suit derrière. Entre ceux qui reprennent le flambeau de la comédie "à la française" (Camping, OSS 117, Comme t'y es belle, Nos jours heureux...) et ceux qui lorgnent ostensiblement vers le modèle anglo-saxon (Les irréductibles), il en est qui se lâchent et nous pondent un ovni (objet visuel non identifié) fort réjouissant.

    Non, malheureux, je ne veux pas parler de La science des rêves (et ce n'est pas la peine d'insister !) mais d'un petit bijou : J'invente rien. Aaaaaah, quel bonheur ! Enfin du pur plaisir que cette comédie loufoque, sans autre prétention que d'être douce comme un bonbon Arlequin, un peu amère comme certaines vieilles photos qu'on regarde des années après, juste comme une chanson de Jeanne Cherhal, rationnel comme un texte de Bobby Lapointe.

    Je résume : Lui, c'est Gaston Lagaffe dans une chanson de Vincent Delerm. Elle, c'est une fille de Christopher dans l'univers impertinent de Bénabar. Lui est au chômage, ou plus exactement n'a jamais rien fait de sa vie. Elle, patiente et héroïque, subvient aux besoins du couple. Lui est un grand gamin hypocondriaque, agoraphobe, claustrophobe, et tous les "phobes" que vous voulez. Elle est une femme amoureuse, avec ses doutes et un sacré caractère. Lui, c'est Kad Mérad, avec son meilleur air de louseur monomaniaque et un énôôôôôôrme talent d'acteur. J'adore ce mec. Elle, c'est Elsa Zylberstein, avec des yeux plus profonds que la fôret amazonienne et une gouaille rafraîchissante, plus séduisante et rayonnante que jamais. J'adore cette fille.

    Eux s'aiment depuis cinq ans. Mais Elle commence à trouver moyen-moyen que Lui n'en fiche pas une rame à la maison. Alors Eux se perdent un peu plus chaque jour. Lui prend peur et décide de réagir. Lui veut devenir un ouineur. Lui va chercher du travail. Mais, fichtre, Lui ne sait rien faire ! Alors Lui a une idée géniale : Lui va devenir inventeur ! Et Lui commence à chercher l'Invention du siècle qui lui assurera fortune et gloire. Jusqu'au jour où Lui invente... LA POIGNETTE.

    L'ensemble oscille entre sourire et pincement au coeur, à la fois dans et hors du temps, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles comme une chanson de Thomas Fersen.

    Vous l'aurez compris, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas le manquer (pas mal, la tournure de phrase, hein ?). Mais, compte tenu de l'actuelle durée de vie des films en salles et du peu de publicité qui l'entoure, je gage que J'invente rien ne va pas rester longtemps à l'affiche. Sic transit pellicula mundi, hélas.

    A ceux, véloces, qui parviendront tout de même à le voir, je souhaite qu'il vous donne, à vous aussi, un peu de soleil dans le coeur.

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    August 21

    La rêve des sciences.

    15ème voyage :

    L'a pô compris.

    Nan, vraiment, l'a pô compris.

    Bronzé à mort par le soleil radieux du Limousin, j'ai repris mes bonnes vieilles habitudes et je suis allé voir La science des rêves. La bande-annonce était engageante et j'avais bien aimé le travail du réalisateur (Michel Gondry) pour les clips de Björk, alors...

    Alors je suis bien emm... pour vous chroniquer La science des rêves ! Le scénario part dans tous les sens, les acteurs aussi, les dialogues n'en parlons pas. Nageant littéralement dans le délire visuel (et le délire tout court), le film fait des allers-retours incessants entre la poésie la plus délicate et la lourdeur la plus affligeante. Tout ça avec la complicité de quelques pointures : Charlotte Gainsbourg (adorable), Alain Chabat (comme toujours excellent), Miou-Miou, Emma de Caunes, Sacha Bourdo et Pierre Vaneck. 

    Voilà. C'est tout. J'avais rien bu, rien fumé, rien snifé (à l'inverse de l'équipe du film apparemment), mais j'ai fait un curieux trip genre yo-yo d'une heure quarante-cinq. Ni bon, ni bad. Perplexifiant. Vraiment. J'en suis pantois et re-pantois (comme disait Jésus).

    J'm'en vais prendre une aspirine et m'coucher, moi.

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    August 09

    Je vais bien, tout va bien...

    14ème voyage :

    Rebelote.

    Invitation à délivrer le label (du Seigneur) d'une célèbre chaîne de cinémas.

    Je rappelle le principe, c'est le même que chez les deux affreux, Bataille et Fontaine : on vous fait venir dans votre cinéma préféré en vous promettant de vous montrer le film du siècle, avec, éventuellement,  Monica Bellucci nue dedans. Vous accourez, bien évidemment, ventre à terre. C'est alors qu'on vous propulse dans une salle obscure et, sitôt à l'intérieur, crac !, on en referme prestement les lourdes portes. On vous refourgue un crayon Ikéa et un questionnaire orienté comme un article de l'Huma, puis un speakeur (de rockeur) vient vous annoncer le titre du film que vous allez mirer. Et là, le piège se referme, car point de Monica en tenue d'Eve. Alors, tout sequestrés que vous êtes, vous attendez anxieusement le lever de rideau.

    And the ouineur of hier soir is : Je vais bien, ne t'en fais pas. Ouf, c'eût pu être largement pire ! Ce fut même plutôt une bonne surprise.

    Philippe Lioret, le réalisateur, parvient à maintenir l'attention et la tension au fil d'une histoire familiale qui aurait pu sombrer rapidement dans le pathos de mauvais aloi (du genre). Lili, 19 ans bien frappés, rentre de vacances ibériques pour retrouver ses géniteurs, aussi joyeux que deux portes de prison, et je sais de quoi je parle. C'est que son frangin a claqué la porte du domicile parental et n'est point reparu depuis. Pour la jeune fille, dont c'est le jumeau, une longue quête commence.

    Ouais, bon, raconté comme ça, ça fait moins frémir que la saison 2 du Zodiaque (d'ailleurs, pour ceux, distraits, qui auraient manqué le bouquet final, jeter l'oeil gauche là-dessus : http://letube.canalblog.com/archives/2006/08/08/2434543.html . Non, ne me remerciez pas, c'est tout naturel). Et pourtant, Je vais bien, ne t'en fais pas prend aux tripes (à la mode de Caen) assez vite et ne vous lâche plus jusqu'au générique de fin. Lioret filme cette histoire avec un art consommé du plan - fixe, en particulier - et de la mise en scène, confirmant tout le bien que je pensais de lui depuis Mademoiselle (avec Sandrine Bonnaire et Jacques Gamblin) et L'équipier (avec Philippe Torreton et re-Sandrine Bonheur). Pour donner corps à ses personnages, il a réuni un casting vraiment impeccable, à commencer par l'inspirée Mélanie Laurent, Julien Boisselier, Isabelle Renauld, et l'impressionnant Kad Merad. Loin de son duo avec Olivier, celui-ci prouve une nouvelle fois (après Les choristes et Les irréductibles) qu'il peut tout jouer, y compris les rôles les plus dramatiques.

    Bon, et puis, ne boudons pas notre plaisir très subjectif : Lioret fait constamment référence à la Bretagne, alors... (eh, eh, eh !)

    Au bout du compte, Je vais bien, ne t'en fais pas est un film sensible, intense, émotionnellement très riche. Pour qui entre dans l'histoire, c'est une promenade pleine de surprises. A voir, donc.

    Date de sortie : 6 septembre. Encore un peu de patience...

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    August 07

    Pendant ce temps-là, au Liban...

    Un peu de sérieux...

    "La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique." (Pascal)

    A l'heure où l'on se massacre joyeusement dans ce qui fut jadis l'un des berceaux de la Civilisation, nombre de commentaires fleurissent sur les blogs. Souvent passionnants, justifiés, argumentés. Parfois de parti pris ou orientés. Rarement gratuits. Fréquemment inquiets ou révoltés. Jamais inutiles. Et lorsque je lis ces échanges - dont le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils sont animés - je me trouve bien petit, futile avec mes gribouillis pseudo-cinématographiques et mes calembours à un centime d'euro. Oui, mais...

    Ceux qui me connaissent savent que j'ai vu ma part de misère en ce monde. J'ai bien failli y laisser mon pauvre sens de l'humour et ma santé. Alors depuis : "Je m'efforce à rire de tout pour ne pas avoir à en pleurer". Ces mots de Beaumarchais, grand insolent comme je les aime, résonnent sans cesse dans mes oreilles. Ce n'est plus une idée, c'est une ligne de conduite. Prendre cela pour de l'indifférence serait une belle erreur. Comment rester indifférent ? Alors qu'ici on a du mal à avoir un enfant, là-bas ils les tuent. Une part de mon sang, de mes racines, bouillonne à la vue de ce misérable gâchis. Même la mer, cet élément qui m'est si cher et qui n'a rien demandé à personne, subit une nouvelle fois les conséquences de la bêtise humaine.

    Pour autant, j'ai choisi de garder ce que j'en pense pour moi. Réserve, pudeur, lâcheté même, appelez cela comme vous voudrez. J'ai décidé de parler du quotidien à travers le grand écran. C'est ce que d'aucuns appelleraient une ligne éditoriale. Mais parfois la réalité rejoint la fiction, et réciproquement...

    J'ai eu une grosse angoisse hier en relisant un extrait d'interview de Susan Sontag dans Télérama, en avril 2003 :

    "Le 11 septembre a ouvert toutes les portes. Je crois que nous sommes dans une situation radicale, d'ici cent ans, quand on reparlera de l'époque que nous vivons, on dira que la guerre en Irak marque la fin de la république et le début de l'empire."

    Sous-entendu le début d'un empire colonial états-unien.

    En lisant ces quelques lignes, une séquence de film m'est revenue brutalement en mémoire. Une musique aussi. Nous sommes à la fin de Star Wars épisode 2 : L'attaque des clones. Absurde référence me direz-vous ? Peut-être. Peut-être pas. Le chancelier, démocratiquement élu mais futur empereur quand même, regarde, satisfait, embarquer des milliers de soldats clones pour aller claquer le beignet aux vilains séparatistes qui veulent n'en faire qu'à leur tête et être indépendants (du moins sur le papier). Sourire ravi du mielleux chancelier-maître-du-monde-empereur, qui a bien précisé auparavant qu'il avait le respect de la république et la passion de la démocratie (ben voyons...). Le même qui dira dans l'épisode suivant que la création de l'empire garantira à tous la paix et la sécurité. Brrrrr... Dans cette scène finale, le sénateur Organa, qui s'est opposé au recours à la guerre, baisse la tête (et les bras) d'impuissance. On pourrait mettre des noms (de personnes ou d'états) derrière ces personnages. On peut aussi regretter que nos cousins d'outre-Atlantique ne sachent pas tenir compte des mythes qu'ils créent et dont ils inondent la planète.

    Franchement, ça fout les jetons. Si on est capable de l'imaginer au ciné, pourquoi ne voit-on rien venir, ma soeur Anne, dans la réalité ? Et à ceux qui pressentent, on rétorque qu'ils sont alarmistes, pessimistes, ignorants des VRAIES réalités de ce monde. Et quand elles nous pèteront à la tronche, ces réalités, on dira quoi ? Comme en 40 ?

    Pierre Dac avait pris le parti d'en rire. Il n'en a pas moins été l'une des voix de Radio Londres...

     

    Cinéphage Fogg, gentleman énervé.

    August 03

    Enfer et damnation !!! (Horrorus et putrefactionum)

    Relâche (et les chiens !) :

    Tout frétillant que j'étais après m'être délecté de Johnny-s'en-va-en-mer, j'ai failli laisser passer cette info affolante : c'est Heath Ledger qui interprètera le Joker dans le prochain Batman ! Aaaaaargh, j'en ai presque avalé mes lunettes !!! Heath Ledger !!! Pas possib', c'est une plaisanterie, un truc des producteurs pour faire peur aux fans, et j'va m'réveiller bientôt.

    Mais non, c'est vérifié, juré, craché, signé même. Jack Nicholson doit se retourner dans son placard ! Non mais j'vous l'demande : Heath Ledger... Face à Christian Bale... Vous l'imaginez, ce freluquet, parvenir à sortir correctement : "Mais où trouve-t-il ses fantastiques jouets ?" Je vais m'exploser la râte à force de me gondoler.

    Franchement, un Heath Ledger, c'est bon à froncer les sourcils devant Mel Gibson, à se casser la gueule en se prenant pour un chevalier ou à servir la soupe à Matt Damon dans un Terry Gilliam. C'est surtout très bon pour jouer les minets chez Ang Lee. La rumeur nous avait laissé entendre deux possibilités intéressantes : Steve Buscemi ou Robin Williams. Il y avait de quoi se frotter les mains. A la limite, on m'aurait dit Jude Law... ou même Adrian Brody...  Mais, enfin, merde, Heath Ledger... le JOKER !!!???

    C'est trop pour moi, je retourne me coucher.

     

    Cinéphage Fogg, gentleman écoeuré (de campagne).

     

    August 02

    Piratatouille 2 : Le secret super important du coffre maudit de la mort qui tue.

    13ème guerrier... euh, non... voyage :

    Nous avions laissé le capitaine Jack Sparrow (Johnny Depp), débarrassé d'une horde de salopards squelettiques, à la barre de son bateau chéri, le Black Pearl, et deux tourtereaux, Will (Orlando Bloom) et Elizabeth (Keiraaaaaah Knightley), à l'aube des préparatifs de leur mariage. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'était sans compter sur les producteurs de chez Mickey qui n'avaient aucune envie de laisser couler le galion aux noeuds d'or. Ils ont donc fait appel à une bande de grands malades mentaux pour nous concocter Pirates des Caraïbes : le secret du coffre maudit, une suite "encore plus"... et parfaitement réjouissante.

    Je me souviens de ce qu'avait écrit le docteur T. sur Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl au moment de sa sortie. Dans un rapprochement aussi osé que douteux, il n'avait pas hésité à comparer l'oeuvre cul-turelle avec une création cul-inaire : la ratatouille (précisant au passage qu'un titre pareil, ce n'était pas un programme, mais carrément un menu).

    A l'époque, je ne pensais pas si bien dire. Car le second volet (de bois vert) garde le même côté ratatouillesque, et - comble du bonheur pour le grand fainéant que je suis - me permet de servir une chronique réchauffée (les restes seront en bleu océan dans le texte). On prend donc les mêmes, on développe, et on recommence.

    "En fait, ça se situe quelque part entre le Pirates de Polanski et La nuit des morts-vivants de Romero."

    Alors ça, ça a changé (m..., ça commence bien !): le numéro deux se situe entre le n'importe quoi et un documentaire sur la vie des moules. Et c'est là tout le génie du truc : le film ne ressemble à aucun autre. N'empêche, remplacer les morts-vivants par une armée de fruits de mer, il fallait oser... (ça donne un côté exotique à ladite ratatouille).

    "On passe allègrement de l'aventure au fantastique, du loufoque à la bluette à deux doublons, sans temps mort."

    Là, pas de changement (ouf !). Sauf peut-être qu'il n'y a plus l'effet de surprise du premier. La présence de monstres tous plus dégueu les uns que les autres n'étonne plus personne, pas même les personnages. En revanche, on introduit cette fois un côté plus dramatique. Plus violent aussi. Certains petits rats, venus avec papa-maman, ont d'ailleurs dû quitter le navire en cours de traversée, certaines scènes étant effectivement un peu limite pour leurs ch'tits yeux. Quant au "sans temps mort", c'est peu dire ! Le côté BD du film a été sur-développé au pot belge ma parole !!! Ca n'arrête pas de bouger dans tous les sens, même par mer calme ! Y a des moments où on a bien envie que ça se pose un peu, histoire qu'on puisse respirer.

    "[...] mais non, y a pas l'temps, on a deux heures vingt pour boucler l'affaire, alors faut qu'ça dépote ! Tant pis pour le spectateur un peu lent. [...] Tant pis aussi aussi pour le personnage de Barbossa, interprété par l'excellent Geoffrey Rush, hélas employé au tiers de ses capacités, ce qui laisse un fâcheux arrière-goût d'inabouti lorsque ledit Geoffrey Rush affronte Johnny Depp."

    Dix minutes de plus n'ont guère changé les choses. Quant à Barbossa, comme on l'a laissé raide dead à la fin du précédent, il fallait lui trouver un remplaçant digne de ce nom. Le choix de Bill Nighy, déjà vilain des consternants Underworld, est bien senti : il campe joliment un méchant à  tentacules (comment veux-tu, comment veux-tu... ?). Le concept génialissime eût été d'avoir un troisième grand affreux (on aurait pu, à cette occasion, dépoussiérer Jack Nicholson) pour le dernier opus, mais les options du scénario offrent malheureusement assez peu ce genre de possibilité. Diantre, c'est bien dommage !

    "Parce que, franchement, le film tient  surtout par Johnny Depp. Pirate truculent et gouailleur, [il] cabotine joyeusement [dans le rôle] de Jack Sparrow. En apesanteur, sa composition porte l'histoire et [...] remet le film à sa place : c'est de la bande-dessinée, du DIVERTISSEMENT, sans sens caché, sans retenue, juste pour le plaisir comme dirait un chanteur français mort."

    Toujours aussi givré, le gars Johnny, ça, ça ne fait aucun doute. Son entrée en scène dans le premier était un grand moment de cinéma... Celle du second est un grand moment tout court. A mourir de rire. Va falloir que les scénaristes s'accrochent pour la prochaine fois... Mais, s'il a encore à son actif quelques scènes d'anthologie (voir la désopilante partie avec les cannibales), il a le bon goût d'en laisser un peu à ses petits camarades. Du coup, le film y gagne en noiceur, car on s'aperçoit très vite que ce sont tous des enfoirés (ou, dit vulgairement, des pirates) et qu'il n'y en a pas un pour relever les autres. Cela donne un côté politiquement incorrect plutôt rafraîchissant. En cette période de l'année, c'est pas plus mal.

    "Et si malgré cela quelques regrets subsistent, dites-vous que ce n'est pas grave, qu'il faut bien en garder un peu pour la suite... Comment je sais qu'il y aura probablement un numéro deux ? Ben moi je reste jusqu'à la fin des génériques, voilà !"

    Tiens, tiens, je devrais peut-être changer de boulot et ouvrir un cabinet de chiromancie, j'y serai sûrement plus efficace que je ne le suis actuellement. Et devinez quoi ? Y AURA UN TROISIEME EPISODE !!! Vous pouvez même rester jusqu'à la fin du générique du Coffre maudit pour vous en assurer. Des rumeurs prétendent que Keith Richards viendra y apporter sa pierre (ouais, je sais, je sais, facile...). Je m'en lèche les babines à l'avance... (par contre, les mêmes rumeurs parlent aussi de Chow Yun-Fat, et là j'ai comme une angoisse...)

    A ce sujet, Pirates des Caraïbes commence à ressembler à une autre grande trilogie, tant il est vrai que cet épisode 2 est construit comme L'empire contre-attaque. Du reste, les clins d'oeil ne manquent pas, y compris à Star Wars. On peut retrouver, pêle-mêle, des hommages plus ou moins discrets à Vingt-mille lieues sous les mers, L'île au trésor, Moby Dick, Le bon, la brute et le truand (bien qu'ici ça donnerait plutôt Le thon, la truite et le hareng...). A peine voilée (de misaine) également, la référence au cinéma de Ray Harryhausen, notamment avec le traitement du Kraken.

    En fait, ce n'est pas un film, c'est un asile de fous. Mais qu'est-ce que ça fait du bien !!! Et je dois avouer que de voir pendant deux heures et demi la mer et des bateaux m'a mis du baume au coeur. Bien sûr, la Royale n'a rien à voir avec la piraterie, mais quand on a grandi au pays de Surcouf, forcément...

    La mer me manque. Les bateaux aussi. "Dans la Marine un jour, dans la Marine toujours !" disaient les vieux briscards que j'ai croisés çà et là. Oui, oui, c'est bien joli tout ça. Sauf qu'un marin, à terre (et même BIEN à terre), n'est plus grand chose. Voire même plus rien. "Quek' part ça trotte dans ma tête, mais je sais qu'elle s'rait bien pâlotte ma vie sans les quais"... Alors, hier soir, devant Pirates des Caraïbes, me sont revenus ces instants improbables où, dans un rade sordide de Brest, non loin de l'Arsenal (parce qu'après, bourrés ou non, il fallait bien rentrer...), avec les copains (comme Olivier), on braillait Le Forban à tue-tête, sans se soucier des clients, heureusement habitués.

    "A moi forban que m'importent la gloire
    Les lois du monde et qu'importe la mort?
    Sur l'océan j'ai planté ma victoire
    Et bois mon vin dans une coupe d'or.
    Vivre d'orgies est ma seule espérance
    Le seul bonheur que j'aie pu conquérir
    Si sur les flots j'ai passé mon enfance
    C'est sur les flots qu'un forban doit mourir.
    Refrain:
    Vin qui pétille
    Femme gentille
    Sous des baisers brûlants d'amour
    Plaisirs, batailles
    Viv' la canaille
    Je bois, je chante
    Et je tue tour à tour. "

    Mais pardon, je m'égare (Montparnasse, forcément...). Non, vraiment, Pirates des Caraïbes : le secret du coffre maudit est un film extrêmement plaisant, un bon film d'aventures et un VRAI film de pirates qui enterre gentiment Douglas Fairbanks et Burt Lancaster.

    Alors longue vie au capitaine Jack Sparrow !

    "PS : on m'informe à l'instant que le chanteur français mort dont il est question dans cette chronique est, en fait, encore assez vivant. Ah bon..."

    Ca non plus, ça n'a pas changé... (qui a dit "malheureusement" ?)

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.