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July 29 Supertarte ritourne !12ème voyage :
Bon, ayé, c'est fait, je suis allé voir Superman returns. J'ai cédé, j'ai craqué, je me suis laissé aller à la facilité. Pouvais-je décemment passer l'été sans chroniquer cette machine à gros sous-sous (perman) ? Oui, je sais, j'aurais pu. Mais qu'avais-je d'autre à me mettre sous la dent ? En attendant les pitreries, pardon, les pirateries de Johnny Depp, il me fallait du lourd, du consistant (en un seul mot). J'ai été servi, Superman étant au cinéma ce que Carlos est à la chanson. A peine la séance commencée, j'ai eu un gros doute : le générique de début m'a fait croire que je m'étais trompé de film. Quoi, on rediffuse 2001, odyssée de l'espace ? A moins que ce ne soit Star Wars ? Nâââââân, c'est un film de SF des années 80, ma parole !!! Non. Bon. Aaaaaaaah, j'y suis, c'est Jésus-Christ superstar !!! Oui, dès le début j'en suis sûr, c'est ça ! On va avoir droit à la vie de Jésus (mon copain -E- m'avait prévenu, mais étant comme Saint Thomas...). D'ailleurs, l'affiche du film ne trompe pas : la posture est là, ne manque que la croix. Et ça se confirme très vite avec un miracle : Marlon Brando est vivant ! Bryan Singer lui a dit : "Lève-toi, marche, et reporte la même perruque que dans le premier opus". Et ça a marché (opus). Sacré Bryan, il n'a rien laissé au Lazard pour placer son film dans la continuité des précédents. Mais on enchaîne vite avec une petite déception : Dieu-Singer n'a pas réussi à ressusciter Christopher Reeve. C'est sûrement au niveau du fauteuil que ça a dû poser des problèmes. Bref. En tout cas, ils ont gardé le même coiffeur. La petite raie sur le côté avec la mèche rebelle en forme de virgule, sur le coup, j'y croyais pas ; mais si, ils ont osé. J'avoue être encore sous le choc, avec l'espoir que c'était de l'auto-dérision capillaire... Mais revenons-en à Super-Jésus et à ses trépidantes aventures. Donc, Superclown (Brandon Prouth ou Crouth, je n'ai pas bien retenu son nom) s'est barré - à la fin du film précédent dont il avait été très déçu - faire une ch'tite retraite dans un quelconque Katmandou spatial. Au bout de cinq petites années de rien du tout, le v'là qui r'vient, avec son sourire de grand benêt ravi et son moule-burnes rouge vermillon (Brandon Brouth, toujours, fadasse à souhait), bien décidé à sauver le genre humain qui, décidément, ne peut rien faire de positif sans un Sauveur (idée générale du film, au cas où on ne l'aurait pas compris). Manque de bol, le niaisou en collant se rend compte que le monde a tourné sans lui, et que sa copine Loïs, cette petite pouf prétentieuse, s'est faite tricoter un môme par le neveu de son patron. Il est super-jaloux, là, Supercocu. Crucifié, même. Mais ce n'est pas cela qui l'arrêtera dans sa mission sacrée. Supertricard purge ses excès de testostérone en marchant sur l'eau, en portant un Boeing à bout de bras et en soulevant un continent entier. Bon, tout ça s'est bien joli, mais koikifait à part ça, Superschtroumpf ? Ben pas grand'chose en fait. Il n'est même pas foutu de claquer sa race au vilain de service, l'inusable Lex Luthor (impeccable Kevin Spacey), ni de (re)sauter cette pétasse de Loïs Lane (une godiche dont j'ai zappé le patronyme), qui a un gros problème dans la vie : quand va-t-elle enfin se décider à aller consulter un ophtalmo ? Parce que, franchement, faut être belou pour ne pas reconnaître Supercourge derrière ce grand crétin de Clark Kent !!! Ouais, ouais, l'amour rend aveugle, c'est ça, c'est ça... Sinon, on apprend quand même que Jésusman a une haleine de chacal que même le feu repart dans l'autre sens quand il ouvre la bouche. Mais pour le reste... c'est surtout Superfeignasse (passer 2h30 allongé, à tendre ses deux petits poings serrés devant lui, pffff...). Une mention spéciale pour le rejeton de Loïs L'âne : ce gamin a, pendant tout le film, un air parfaitement incrédule, comme s'il se disait : "Mais qu'est-ce que c'est que ces adultes qui font un film aussi con ?" Courage, petit, on est avec toi ! C'est pas facile de se retrouver dans une gigantesque messe où ne manquent ni le père, ni le fils, juste le Saint Esprit Critique. Quoi qu'il en soit, en sortant de cette édifiante projection, ma religion était faite : je préfère Batman. Je ne sais pas pourquoi, mais un mec plein aux as, playboy, un peu alcoolo, à la sexualité douteuse, intelligent et bardé de gadgets (donc sans super-pouvoirs), m'est forcément plus sympathique. Oui, je sais, je blasphème, mais tant pis. Un dernier mot : pas la peine de vous emm... à rester jusqu'au bout, il N'Y A PAS de séquence après le générique de fin.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 27 Je l'aurai un jour, je l'au-rai ! (Pad'televisium, pad'chocolatum).Arrêt télé :
Vous souvenez-vous de cette pub pour des couches-culottes qui avait ce slogan admirable : "Même mouillés, ils sont secs" (les bambins, probablement) ? Eh ben, en ce moment, c'est plutôt l'inverse dans le chaudron strasbourgeois (comme un peu partout ailleurs si j'ai bien compris) : même sec (au départ), on est franchement mouillé (à l'arrivée). Mais il y a pire : Je n'ai pas la télévision. Ce n'est pas du snobisme, ni un côté bobo mal géré, mais tout simplement une vieille peur : celle de ne pas pouvoir décrocher des cent-soixante chaînes que me proposent divers opérateurs à grand coup de ristournes et autres avantages fabuleux. Peur de toujours trouver un truc fascinant à me mettre sous les yeux et à devenir télévisioïnomane. Et puis ce n'est pas comme si je n'avais RIEN : entre l'ordi pour les dvd et la carte illimitée pour le cinoche, je ne suis pas en manque. Et pourtant... Pourtant, depuis que je fréquente assidûment la blogosphère, je m'aperçois que j'en râte, des supers programmes, surtout à cette époque-ci de l'année ! Merdum, merdare, merdarorum !!! Pour s'en convaincre, il suffit de lire le résumé des premiers épisodes du Maître du Zodiaque, dans le blog de PBE : http://20six.fr/paleblueyes/art/1279445/OK_J_RACONTE_ et http://20six.fr/paleblueyes/art/1284676 puis chez Anakin : http://letube.canalblog.com/archives/2006/07/25/2351544.html Et je n'oublie pas la télé-réalité ! Rhâââââââ, voui, y a ça aussi !!! Apparemment, cette année, c'est aussi gratiné que les précédentes. J'en veux pour preuve le compte-rendu fidèle que m'a fait une amie (qui ne l'est pas moins) de ce monument télévisuel qu'est L'île de la tentation : "Je trouve que c'est une des émissions les plus trash et les plus pourries qui existe, mais qu'est-ce que c'est bon! Je te rassure, je ne suis pas trop adepte de ce genre de truc d'habitude, mais là.... c'est du très grand art! Les candidats sont d'une stupidité sans fond, les tentatrices sont certes belles (enfin bien foutues) mais te font te sentir digne du prix Nobel d'intelligence (des fois qu'il existe), et les tentateurs sont beaux (enfin bien foutus), mais ont un QI d'artichaud (trop cuit). Vu au 112e degré, c'est à mourir de rire. Avec mon copain, on est fans [...] des répliques d'anthologie : "Shanice elle est trop bonne!", "La vérité, y'a trop de filles par ici!", "Si mon mon mec fait trop d'approchement vers une fille (sic), je serais trop malheureuse parce qu'il est tout pour moi" (ben ma pauvre, fallait rester chez toi)! Voilà, au terme de l'heure et demie que ça dure, on est certes un peu abrutis (le taux de connerie/minute est quand même inhabituellement élevé pour nos petits cerveaux privilégiés, ça fait mal à la tête), mais tu te sens hyper intelligent, ton couple te semble stable et mûr, et tu te dis qu'il ya des gens qui sont vraiment moins aidés que nous. [...] La phrase d'hier soir : "Sandra maintenant, elle m'inspire du dégoument (sic)". Allez, une deuxième pour la route "Au coeur de la nuit torride du Mexique, Harry succombe à la tentation". " Shakespearien, n'est-il pas ? En plus, il paraît que ces pignoufs, en guise d'introduction (sans mauvais jeu de mots), sont allés vertement voler au grand Oscar (Wilde) une citation tirée du Portrait de Dorian Gray : "Le meilleur moyen de résister à la tentation, c'est d'y céder". Je les hais. Amour - Haine ; il n'y a vraiment qu'un pas. Non, vraiment, je ne saurais me passer plus longtemps de ces instants touchés par la grâce cathodique.
Cinéphage Fogg, gentleman privé de télé. July 26 Le molaire de la peur.Escale technique :
A force d'ingurgiter des tas de trucs - tout ça parce que les toubibs ont repéré un machin pas net qui traîne dans ma carcasse - je finis par ne plus savoir si je possède une bouche ou un hall de gare. Et vas-y que je t'y mets des pilules, et vas-y que je t'y colle des espèces de gel bien gluant, et vas-y que je t'y enfonce des tuyaux. Marre. Marre d'être pris pour Nono le petit robot. Un de ces jours, y m'feront bouffer des clous à moi aussi. Et, au final, des pissenlits par la racine... Je le sentais sale, mon hall de gare. Grosse envie de nettoyage de printemps qu'on n'a pas eu. Besoin de jouer les écuries d'Augias dans mon appareil buccal. J'ai donc décidé d'aller chez le dentiste. La dernière fois que j'en ai vu un, je n'avais pas encore le bac, c'est dire si ça ne date pas d'hier. J'en ai donc choisi un au pif dans le bottin, et je suis tombé sur une. Contact sympa au téléphone. Un sacré accent "halzacien". C'est drôle, au bout d'un moment on dirait presque du québécois. Ce doit être sa façon de parler. Bon, donc, j'y vais d'un pas résolu, mais méfiant tout de même. Après tout, c'est un arracheur de dents. Je m'attends à tomber sur un Mengele en jupon. Je sonne. Quelle n'est pas ma surprise quand une charmante brunette vient m'ouvrir la porte. Très charmante même. Dans sa tenue d'une blancheur virginale, on dirait une apparition céleste. J'ai l'impression d'être devant un épisode de Drôles de dames. Il fait déjà très chaud, mais là je me liquéfie. Soudain, panique : je repense au sketch d'Alex Métayer, au fameux filet de bave qui ne vous rend pas sexy du tout. Tant pis, trop tard pour reculer. Présentations timides. Je m'introduis dans son cabinet. Cosy (fan tutte, évidemment). Et me voilà sur le billot. Pardon, sur le fauteuil, veux-je dire. La gargue grande ouverte. Et j'entends au-dessus de moi des phrases bizarres : "On a ceci sur la 14", "Vous avez cela sur la 27", "Tiens, il y a un chose sur la 21". On se croirait au PMU. Sur le coup, je me dis qu'elle est en train de faire son tiercé. Mais non, elle parle bien de mes dents. Et de me démontrer, avec force explications, dessins, planches et schémas l'étendue de mon infortune. Elle part dans une logorrhée épique (et colegram). Ce n'est plus une dentition, c'est un champ de bataille. Ce n'est plus une visite de routine, c'est une saga, c'est les Nibelungen !!! C'est fou ce qu'elle ressemble à Lynda Lemay quand elle parle comme ça. Donc, il y a du boulot. Ben tiens. Mais comme elle était si bien partie dans sa conférence explicative, je n'ai pas osé lui dire que c'est un peu normal, vu qu'il y a une bonne quinzaine d'années que je n'ai pas croisé un de ses collègues. Bien sûr, on ne va pas tout faire aujourd'hui. Pis d'abord il fait trop chaud. Alors on va faire simple. "Simple"... Avec ce qu'elle a dit avant, ça me laisse rêveur. Elle attaque. Je suis bien vite revenu à la réalité. Ou plutôt à un remake. Celui de la scène où Laurence Olivier joue les bons dentistes pour extorquer des renseignements à Dustin Hoffman, dans Marathon man. Pareil. Avec les bruitages en dolby suround. Tiens, c'est mon sang qui part dans son espèce de lavabo... Est-ce un effet de la chaleur ? Je suis victime d'un mirage : ma séduisante praticienne ne m'apparaît plus toute de blanc vêtue, mais dans un tailleur gris de la Wehrmacht. On dirait la méchante dans Hellboy ! Je délire ; je suis tombé aux mains des nazis ! Et là, j'ai la musique de L'armée des ombres qui s'insinue dans mes oreilles, couvrant le bruit des appareils de torture. Vous savez, ce thème flippant qui a servi de générique aux Dossiers de l'écran et qui a terrorisé des armées de marmots avant qu'ils ne soient envoyés au lit (merci, Monsieur Jammot, merci). Je revois Jean-Pierre Cassel menotté sur une chaise dans un bureau de la Kommandantur. Melville était vraiment un génie, me dis-je en glougloutant le contenu d'un gobelet d'eau pas fraîche. Et c'est reparti. Elle, avec un ton badin, me raconte sa vie. De temps en temps, elle me pose une question. Espère-t-elle vraiment que je vais répondre avec tout l'attirail qui déborde de mes lèvres ? Je tente bien quelques "Gnnnouuui" et "Gnnnnnnnnon" désespérés, par politesse. Et puis ça se termine aussi subitement que ça a commencé. On prend rendez-vous pour la suite une prochaine fois. Ca y est, elle m'adore, elle veut déjà qu'on se revoit. Fou que je suis, je la remercie ! J'arrive en pleine forme buccodentaire, je repars avec l'Etna dans la bouche, ET JE LA REMERCIE !!! Je rentre chez moi, avec la déagréable impression d'être le personnage principal de La chambre des officiers, et d'avoir un trou béant à la place du maxilaire inférieur. Chic, je vais pouvoir demander une carte d'ancien combattant ! Mais je me ravise. Que sont mes petits problèmes orthodontaires à côté de ce qui se passe ailleurs ? Aujourd'hui j'ai vu des photos du gâchis libanais sur le blog de Pale Blue Eyes. Des photos à ne pas mettre devant tous les yeux. Pas assez d'adjectifs pour qualifier ça, comme d'habitude. Finalement, c'est bien d'avoir mal aux dents ; je n'ai de toute façon pas le coeur à rire.
Cinéphage Fogg, gentleman édenté. July 25 Mako moulu.Halte nécrologique :
L'acteur Mako est mort vendredi dernier d'un cancer de l'oesophage. Je ne l'ai appris qu'aujourd'hui, et fortuitement encore ! Décidément, on me cache tout, on me dit rien. Pourtant, Mako aura laissé traîner sa "gueule" (comme on dit au cinéma) dans bon nombre de films états-uniens, et pas toujours des meilleurs... Je ferai donc, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, l'impasse sur ses mémorables apparitions dans des films aussi inoubliables que Robocop 3, Sidekicks ou Highlander III (il devait avoir un truc chamanique avec le chiffre 3). Pas indispensable non plus de rappeler son interprétation de l'amiral Yamamoto dans Pearl Habor... En fait, dès qu'Hollywood avait besoin d'un acteur nippon (ni mauvais, ouais, ouais, je sais, facile...), on pensait à Mako. Touchant plutôt sa bille en arts martiaux, il avait fait copain-copain, dans les années 60-70, avec Bruce Lee, Steve McQueen et Chuck Norris (chassez l'intrus). On l'a donc souvent cantonné (celui qui a dit "comme le riz ?", il sort, merci) à des films d'action de série B. Pourtant, au milieu de son improbable filmographie, on trouve quelques perles, à commencer par le chef-d'oeuvre de Robert Wise, La canonnière du Yang-Tsé, dans lequel il interprète le touchant Po-Han, le protégé de Steve McQueen. En 1975, il est à l'affiche du film de Sam Peckinpah Tueur d'élite. Vingt ans plus tard, il donne de la consistance à M. Shimazaki dans Crying Freeman, sous la direction du français Christophe Gans. Mais le film qui l'a sans doute le plus fait connaître, c'est Conan le barbare de John Milius (heu-reu-se-ment il y a Milius, Miiiiilius !) en 1982. Il y joue Akiro, un sorcier hagiographe un peu barré, et donne ainsi au film ses (rares) notes de gaité et de folie. Il remettra d'ailleurs le couvert un an plus tard dans le désastreux Conan le destructeur. Ces dernières années, Mako se faisait plus rare au cinéma, préférant la télévision. L'âge aidant, ses rôles étaient plus posés. On a ainsi pu le voir dans Sept ans au Tibet et Mémoires d'une geisha. Avec Mako disparaît un second rôle incontournable. Si, je vous assure. D'ailleurs, ça m'étonnerait que vous ne l'ayez pas déjà croisé sur le petit écran, car Monsieur y était régulièrement invité. Et je vous ficherais même mon billet que vous avez déjà vu sa silhouette sèche et son faciès ridé au détour de Magnum, Wonder woman, Walker Texas ranger ou Charmed... Sayonara, Mako-san.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 21 La fable du petit oiseau.Anec(anti)dote :
Il est arrivé un soir de la semaine, en traître, genre "tu m'as pas vu venir mais je suis là quand même" : le bon vieux coup de blues des familles. Tenace. Pour rien en plus ! Mauvais effet de la canicule (comment veux-tu ?). C'est idiot mais l'océan me manque. La Bretagne aussi (évidemment). Et je vois défiler les jours sur le calendrier sans y apercevoir la moindre de chance de revenir - même brièvement - au pays. Amzer gaoc'h, l'Alsace se transforme en fournaise ! Mes carottes sont cuites. Mon vieux copain Shakespeare est venu poser une spectrale main amicale sur mon épaule, susurrant ces vers qu'il avait écrits pour Macbeth : "Quand une situation est au pire, il faut qu'elle cesse ou qu'elle se relève". Un vrai pote, le Willy, toujours le mot pour rire. Alors je me suis relevé et j'ai décidé, abruptement, de me repasser un ouestern. J'en ai pris un au hasard : Mon nom est personne. Plus à l'ouest que terne, celui-là. Bon. Comme il n'y a pas d'effort intellectuel particulier à faire, je sais que ma soirée n'est pas totalement foutue. Ca commence comme tous les ouesterns-spaghettis-bolognaise (sauf que moi j'avais tout faux parce que j'engloutissais une pizza aux fruits de mer) : une scène de trois kilomètres de long, un son plaintif qui se répète, des sales gueules et un type qui arrive, après avoir été trèèèèèèèèèès longtemps attendu... On devine que les trois types ne sont pas là pour lui payer un whisky. Deux secondes plus tard : un coup de feu et trois cadavres. Et la musique d'Ennio Morricone. C'est téléphoné, faxé, mailé, textoté. Gros comme un château de la Loire. J'adore. Et puis il y a Henry Fonda, regard bleu, casaque verte. Le vieux cow-boy solitaire, sur le déclin, un peu aigri et un peu miro. En face, Terence Hill, regard océan, casaque blanche dégueu. Le minot, horripilant de prétention mais pas manchot pour autant. Entre eux, "cent-cinquante fils de putes déchaînés chargeant à bride abattue". Mathématiquement, c'est jouable. Ca ne fait que cinquante cartouches maxi. Mais il y a, dans Mon nom est personne, un moment à part, presque décalé. C'est la fable du petit oiseau. Si, je suis sûr que vous la connaissez ! "Personne" la raconte mieux que moi, mais je vais essayer de la faire courte. Ca raconte l'histoire d'un petit oiseau tombé du nid en plein coeur de l'hiver. Il a froid, il a peur, il piaille. Arrive une vache, par les cris alertée, qui considère le frêle volatile avec compassion, soulève la queue et lâche une belle galette fumante sur le piaf. Celui-ci, bien au chaud et bien peinard, sort la tête et recommence à gazouiller, encore plus fort. C'est alors qu'arrive un vieux coyote. Il extrait le petit oiseau de sa bouse, l'essuie délicatement... et n'en fait qu'une bouchée. Moralité : ceux qui te mettent dans la merde ne le font pas toujours pour ton malheur, et ceux qui t'en sortent ne le font pas toujours pour ton bonheur ; mais surtout ceci : quand tu es dans la merde, tais-toi. J'en prend note.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 20 Nos jours ahreu ahreu.11ème voyage :
Je suis allé voir Nos jours heureux en sifflotant "Les jolies colonies de vacances" de l'inusable Pierre Perret, et en me disant que j'allais voir une gaudriole de l'été supplémentaire, comme j'étais allé voir Camping quelques semaines auparavant. Après tout, rien de fondamentalement transcendant à raconter le quotidien d'une colonie de vacances dans le Poitou profond. C'est un peu les Bronzés en culottes courtes chez les ploucs. Oui, mais... Mais il y a un peu plus que cela dans Nos jours heureux. Il y a aussi un côté régressif (ammoniaqué), un côté scoubidous - fraises tagada - cahiers d'amitié. Un "plaisir régressif" selon les termes d'une amie. Et un bon coup de pied au derrière quand on a l'âge d'être parents (poil aux dents). Quelque chose de facile et de poujadiste aussi, mais ça, franchement on s'en fout. Car ce qui nous marque davantage, ce qui nous touche finalement, c'est la tendresse et la fraîcheur du film, comme le premier baiser doux et sucré, échangé furtivement puis confirmé infiniment langoureusement, celui qui marqua - à jamais - la vie de chacun d'entre nous. Je n'ai pas boudé mon plaisir au long de ces cent-trois minutes ; j'ai ri franchement et sans complexe. Le film n'en a pas lui non plus. Des premiers émois amoureux aux blagues de potaches, l'histoire se construit tranquillement, sans véritable surprise mais avec une vraie énergie. Bien sûr, certaines situations et certains personnages baignent allègrement dans la caricature comme les frites baignent dans l'huile chez McDo. D'autres, au contraire, sentent le vécu (poil au menton). Qu'importe, tout cela donne un ensemble cohérent et plutôt bien assumé par la réalisation comme par les acteurs. Tous, jeunes comme adultes (bien que la frontière soit parfois floue entre les deux catégories) sont à l'aise et se régalent dans leur rôle. Cette décontraction est communicative. La preuve : les anciens (Jean Benguigui et Jacques Boudet) s'en donnent à coeur joie. Cette comédie confirme aussi le profond talent de Jean-Paul Rouve, qui trouve là un personnage sensible et responsable, tout à sa mesure. Mention spéciale également à Joséphine de Meaux dans le rôle de Caroline ; j'espère qu'on la reverra bientôt (poil au dos). Voilà, aïe, aïe, aïe, je suis gentil avec Nos jours heureux, du coup ma chronique y a perdu en verve. Mais l'attaquer aurait été injuste et hypocrite. Alors oui, j'ai bien aimé Nos jours heureux, et, oui, je vous le recommande si vous voulez vous aérer la tête et rire un bon coup, que vous ayez, ou non, connu les "joies" des courses en sac et de la boum de fin de colo. Enfin, je sais pas. Enfin, peut-être. Comme l'écrivait Cervantès : "Garde toujours dans ta main celle de l'enfant que tu as été".
Cinéphage Fogg, gentleman illimité (poil au nez). July 18 J't'en pose, moi, des questions ?Pause - détente :
Entre Isabelle Vermont, que je ne connais pas et qui m'envoie des "conseils très avisés", Mr Smith qui m'explique pourquoi je dois lui faire un don substantiel (enfin, pas à lui directement, bien sûr !) et Joanna Spencer qui me vante les bienfaits du viagra (ma pauvre Joanna, si tu me connaissais VRAIMENT, tu saurais que tu te fatigues pour rien), j'ai reçu aujourd'hui dans ma boîte ce petit questionnaire pas long du tout et qui, pour une fois, touche à l'un de mes centres d'intérêt (je ne dis pas ça pour Joanna). Je me permets de vous le présenter, accompagné de mes modestes et très personnelles réponses...
LE QUESTIONNAIRE CINE DE STAN
Quel film aimes-tu mais tu n'oses pas le dire à tes potes cinéphiles parce que c'est un peu la honte ? Highlander (le 1er). Quel film t'a franchement foutu la trouille ? The thing (John Carpenter). Quel film t'a fait te pisser dessus de rire ? Astérix : mission Cléopâtre (désolé, c’est pourtant la vérité). Quel film t'a le plus fait chialer comme une fi ('tain la honte) ? Le patient anglais. Quel film t'a explosé les rétines tellement il était spectaculaire et jamais vu ? Le seigneur des anneaux. Quel film t'a le plus fait tenir ton menton en marmonnant « mmmouiii, c'est très fin, très intelligent, ah là là je me sens grandi devant cette œuvre, a-ha-na-sma » ? In the mood for love (eh ouais). Devant quelle scène de quel film n'as-tu pas pu enlever le sourire de jubilation jusqu'aux oreilles que tu avais ? Le duel de Qui-Gon Jinn et Obi-Wan Kenobi contre Dark Maul dans La menace fantôme… Si tu devais te réincarner en personnage de film, tu choisirais lequel ? Melvin, dans Pour le pire et pour le meilleur, pour pouvoir embrasser Helen Hunt ! Quel est le film qui n'aura pas de suite mais dont tu mourrais d'envie de voir la suite ? Shakespeare in love. Dans quel film aurais-tu aimé jouer ? Quel rôle ? M. Goodkat dans Slevin. Ou Doc Holliday dans Tombstone. Ou Ardeth Bey dans La momie (ma moitié le trouve très sexy). Quel est le film que tu trouves le plus mauvais du monde ? Mary à tout prix. Dans quel film de M. Night. Chamalamalanarhâlalane n'as-tu pas deviné la fin au bout de cinq minutes ? Pas 6ème sens en tout cas ! ! ! Quel est ton Spielberg préféré ? Munich. Quel est le Spielberg que tu trouves à chier ? Pas aimé Minority report. Quel est ton Bergman préféré ? Non, je déconne. Ah, ouf ! Ton film de guerre favori ? Zoulou. Ton drame favori ? Shakespeare in love. Ta comédie préférée ? Shakespeare in love. Quelle est pour toi « LA » trilogie ? STAR WARS ! ! ! (Y en a d’autres ?) Ton film d'horreur préféré ? Alien. Ton film de SF préféré ? A part Star Wars ? Rollerball (la première version). Ton film d'auteur préféré ? Casablanca. As-tu déjà vu une « comédie romantique » qui soit intéressante ? Ah bon ? C'était quoi ? Quand Harry rencontre Sally ! A part le cinoche français et ricain, lesquels apprécies-tu ? japonais. As-tu déjà regardé un film Bollywoodien ? Si oui, qu'en as-tu pensé ? Euh… « coloré »… et un peu long. Si tu ne devais garder qu'un film par décennie, tu choisirais lequel pour : - les années 2000 : J’attends d’en voir la fin. - les années 1990 : Shakespeare in love. - les années 1980 : Le roi et l’oiseau. - les années 1970 : Star Wars, épisode… euh… IV ? - les années 1960 : Hatari. - les années 1950 : L’homme tranquille. - les années 1940 : Casablanca. - les années 1930 : King Kong. Est-ce que ça t'emmerde quand des gens parlent fort pendant une séance, font du bruit avec leur pop-corn et remuent sur leur siège, faisant trembler ta rangée ? Oui hein ? Réponds pas, réponds pas, je sais que oui. Bon, ben alors… Fais-tu partie de ce noble pourcentage d'amateurs qui restent jusqu'au bout de chaque générique ? Si non, pourquoi pas, connard ? Es-tu si pressé que ça d'allumer ta clope ? Je fume pas, alors OUI, je reste jusqu’au bout du bout du générique Môssieur ! On a parfois de belles surprises... Achètes-tu beaucoup de DVDs ? Tu choisis quoi en général, des films que tu as bien aimé ou uniquement les incontournables chefs-d'oeuvre qu'il FAUT posséder ? Les quoi ? Non, les films que j’aime. Tes DVDs, tu les regardes une fois, ou plus ? Je les use (au prix que ça coûte !). Tu regardes les bonus ? Voui. Et les versions commentées, tu les regardes aussi ? Et ta soeur ? Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? Tu vas voir ce que je vais leur faire à tes fesses, crétin ! Fais une liste de tes MILLE films préférés. Pfff, même pas drôle. Mais j'en ai déjà quarante-cinq au compteur. Pour les films étrangers, préfères-tu la VO fière et belle ou la VF toute pourrie pour les neuneus qui ne savent pas lire ? Sé pa lirre môa, alor préfaire la VO. Quel cinéaste as-tu découvert récemment et ça t'a foutu une baffe en travers de ta petite gueule ? Paul McGuigan (Slevin). Connais-tu des remakes qui soient supérieurs aux oeuvres originales ? Lesquels ? Ocean’s eleven. Connais-tu des suites qui soient encore meilleures que les oeuvres originales ? Lesquelles ? Batman 2 par exemple. A partir de combien de suites du même film peut-on considérer qu'une production se fout de notre gueule ? Y a eu combien de Police Academy ? Baccalauréat : donne le premier film qui te vient à l'esprit (pas forcément un truc que tu aimes) dont le titre commence par A, puis B, puis C. (VO ou VF, les articles LE, LA, LES ou L' ne sont pas acceptés) Pas le temps, je travaille, moi ! Que penses-tu de Leonardo Di Caprio ? As-tu changé d'avis sur lui au cours de ta vie ? Oui, je le supporte un peu mieux depuis que j’ai vu Gangs of New-York. Les scènes de sexe dans un film, c'est indispensable ? Non. Dans Rio Bravo, par exemple, ça n’aurait pas eu grand intérêt… Savoir que tu vas voir une actrice super belle et que tu adores, à poil dans un film suffit-il parfois à te motiver pour te bouger et aller le voir ? (mettez acteur super beau pour les fi) Ouiiiiiiiii ! ! ! C'est pas un peu cher, le cinoche, quand même ? Siiiiiiii ! ! ! Tu voles beaucoup de films sur l'internet ? Nan, jamais. T'as pas honte ? Ben nan, j’te dis ! Penses-tu qu'un fan de Taxi et The Fast and The Furious puisse être pote avec un fan d'Almodovar ? Si oui, ils font quoi quand ils sortent ? Ils vont en boîte au Macumba. Ca te fait chier de connaître la fin d'un film avant de le voir ou je peux te dire que le vol 93 se crashe à la fin ? Même pas mal. Tu aimes Titanic ? Pourquoi pas ? Le film est comme le bateau, il coule. Fais-tu partie des cons qui n'ont pas vu Titanic parce qu'il y avait trop de pub autour de son lancement ? Peux-tu me dire quel est le rapport ? Oui, non, et je t’emmerde. Si tu as vu Titanic, trouves-tu dommage que Céline Dion soit en vie, et surtout l'ait été à l'époque ? Je n’ai rien de personnel contre Céline Dion. D'ailleurs, c’est un ICEBERG qui coule le bateau. Tu aimerais voir un film sur quoi (comprendre : un thème ou un fait d' actualité qui n'a jamais été traité ) ? Ca existe encore, ça ? Donne-moi, comme ça à l'arrachée, tes DIX réals préférés (de tous les temps): Hitchcock, Ford, Hawks, Spielberg, Lautner, Leone, Miyazaki, Jeunet, Coppola, Peckinpah. Considères-tu que tu as une bonne éducation ciné ? Développe. Oui. Mais je ne m’appelle pas Kodak. Développe mieux que ça, c'était pas clair. C’est que la pellicule était mauvaise. Ah OK. Cite-moi un film italien que tu as adoré : Il mio nome e` nessuno. Sud-américain : ? ? ? Coréen : April snow. Japonais : Battle royale. Allemand : Goodbye Lenin. Espagnol : Parle avec elle. Autre, mais ni français ni américain : Shaolin soccer (Hong Kong). Trouves-tu que Julien Lepers ressemble à Michael Keaton ? Si oui, pourquoi ? Oui. Parce que. A ce stade, t'en as super marre de répondre, hein ? … Question pour ceux qui rêvent de faire des films : Donne-moi un cinéaste que tu vénères mais que tu comprends (par exemple, tu te dis que tu pourrais arriver à ce genre de résultat si tu bossais énormément), et un cinéaste que tu vénères mais que tu ne comprends pas du tout (genre tu es à chaque fois soufflé et tu te dis que jamais tu n'aurais ne serait-ce que pensé à faire ça) : Georges Lautner et Christophe Gans (mais « vénérer » est un peu exagéré). Depardieu il t'énerve ? Jamais au cinéma ; toujours en-dehors. Mais il est quand même hyper talentueux, non ? Précisément. Dans la jeune génération (internationale, de ces 5 dernières années), tu aimes bien qui comme acteurs et actrices ? Houlà ! Zang Ziyi, Benoît Magimel, Laura Smet… Tu trouves pas que quand les Français essayent de faire des blockbusters à l'américaine, ils font surtout rire ? Euh, je ne sais pas. Tu as des titres ? Tu trouves pas qu'on est à la fois bien meilleurs que les Ricains (je sais pas, un duel Blier / Joel Silver, bon ) et en même temps on n'est que des petites merdes devant leur savoir-faire (le meilleur exemple restant les séries télé, Friends, SFU, South Park, qui sait faire ça chez nous ?) ? Je n’aime pas les comparaisons idiotes, c’est un principe.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 17 Slevin sur vingt10ème voyage :
En réaction à l'arrivée tonitruante de Super-machin, j'avais décidé d'aller voir un film passé plus ou moins inaperçu. Je suis allé voir Slevin, pensant qu'un film avec Morgan Freeman et Ben Kingsley ne pouvait pas être totalement mauvais. J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait. En fait, j'ai vu un très très très bon film ! Bon, alors, reprenons dès le début (parce que reprendre dès la fin, ce n'est pas très pertinent, vous en conviendrez) : Slevin est le type même du mec malchanceux. En moins de temps qu'une étape du Tour de France, il a perdu son boulot, son appart', sa nana, ses papiers, débarque à New-York chez son pote Nick Fisher (qui est absent), est confondu avec ce-dernier et se retrouve en plein milieu de la lutte acharnée qui oppose deux caïds, le "Boss" (Morgan Freeman) et le "Rabbin" (Ben Kingsley). Avec, pour couronner le tout, un tueur à gages (Bruce Willis) qui sème la mort en menant un trouble jeu (en clair : il bouffe à tous les râteliers). Ca, c'est le postulat de départ. En dire davantage gâcherait votre plaisir. "Pas forcément révolutionnaire ce scénario" pourriez-vous objecter. Certes. On se situe quelque part pas très loin de True romance. Le film est d'ailleurs bourré de références cinématographiques. Et puis, un grand crétin au coeur d'un réglement de comptes, ça fleure Le grand blond, entre Rochefort et Blier (ou de Villepin entre Chirac et Sarkozy). Mais ça s'arrête là. Car, dès les premières séquences, Slevin annonce la couleur : rouge... sang. Pas un film pour fillettes ni âmes sensibles. Le film est violent, mais pour autant il se permet un humour tarantinesque qui rend la première moitié presque jubilatoire. Puis, tout-à-coup, au moment où l'on s'y attend le moins (ben ouais, sinon ce ne serait pas drôle !), s'opère un sacré retournement de situation. Et là, fini de rire. Les pièces d'un puzzle diabolique, lentement mises en place, se dévoilent et laissent apparaître une mécanique bien plus complexe qu'on aurait pu le soupçonner... Je me répète, mais Slevin est une excellente surprise. Même au niveau de l'interprétation. Bon, je ne vais pas faire dans le détail : avant, je n'aimais pas Josh Hartnett. Pas de bol, hein, puisque c'est l'acteur principal ! Oui, et je craignais le pire : qu'il soit aussi pâlichon que dans The faculty ou aussi transparent que dans Pearl Harbor. Mon seul espoir résidait dans les quelques secondes de son rôle dans Sin city. Ouf, il se situe effectivement plus dans ce registre-là ! Je dois dire qu'il m'a bluffé, avec son petit côté Alain Delon (dans Le samouraï ou Scorpio). Celui-là, c'est un bon, il faut s'en méfier. Autre évadé de Sin city, Bruce Willis nous livre sa meilleure interprétation depuis John McLaine (à l'époque bénie de Piège de cristal, quand il avait encore de vrais cheveux...). Amaigri, silencieux, glacé, brutal... un rôle en or pour un acteur qui retrouve enfin son charisme. Heureusement pour lui, car il doit faire face à deux pointures (Freeman et Kingsley, tous deux excellents). En outre, le casting s'enrichit de quelques seconds rôles chevronnés : Stanley Tucci, Danny Aiello ou Robert Foster... Du beau linge. Et la meilleure pour la fin : Lucy Liu. Messieurs, ravalez vos langues et ramassez vos mâchoires. Elle est tout simplement merveilleuse, lumineuse, malicieuse, et tous les qualificatifs en "euse" que vous voudrez. Chacune de ses apparitions apporte un peu de légèreté au film et a fait augmenter ma pression sanguine. Seul personnage féminin du film, elle lui donne ce qui lui aurait fait cruellement défaut : de la tendresse et du charme. Ecrasé par la grosse brute body-buildée en collant bleu, et probablement balayé par les pirates ou les serpents en avion (???), Slevin n'aura probablement pas - en salle - la carrière qu'il mérite. Alors, si vous me faîtes confiance, filez dans votre cinéma préféré avant qu'il ne l'ait viré de l'affiche... et laissez-vous surprendre.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 12 Leçons d'andouilles à l'italienne.9ème voyage :
J'ai voulu travailler à la réconciliation des peuples, je suis allé voir une comédie "à l'italienne" : Leçons d'amour à l'italienne. Comédie "à l'italienne", avec des dialogues "à l'italienne" puisque le film était en version originale. Donc, comme tout avait l'air d'être "à l'italienne" là-dedans, je ne pouvais mieux choisir pour accomplir un acte noble et généreux de rapprochement transalpin. D'abord, il vous faut savoir un point capital : quoi qu'on vous dise, quoi que vous lisiez dans la Presse ou dans vos programmes ciné, ne le croyez pas : ce film ne peut pas durer 1h51. Il dure au moins 2h20 !!! Nos cousins latins ont inventé une redoutable technique d'allongement du temps... "à l'italienne". Et c'est long, 2h40 (au bas mot) pour nous donner en pâture les affres sentimentales de divers excités, reliés les uns aux autres par un fil conducteur aussi ténu qu'improbable. Et une confirmation de ce que l'on savait déjà depuis des lustres : que les garçons deviennent très bêtes quand ils sont amoureux. Oui, c'est long, 3h00, pour déglutir un film qui commence par ressembler à un bonbon Lutti. Sauf qu'au dernier moment le bonbon subit une mutation ("à l'italienne" probablement) et vire au caramel mou... QUI COLLE et qui finit par devenir exaspérant au bout de quelques vaines tentatives pour s'en débarrasser! Comme dans la chanson d'Anaïs, ça dégouline de partout. C'en devient écoeurant. Ce n'est même plus de la guimauve, c'est du Carambar vieux de trente ans (mais avec - quand même - la blague nullos dedans). J'aimerais rattraper le coup (si, si, c'est vrai !) en vous parlant des acteurs, mais je ne les ai pas bien vus, il y avait toujours une paire de mains qui se baladait devant leur visage. Bref, au bout de 3h20 de gesticulations d'une demi-douzaine de Roberto Benigni en réduction, soit vous criez grâce et suppliez que cela s'arrête, soit vous piquez une colère qui vous donnerait (presque) l'envie d'attraper ce malfaisant de réalisateur pour lui coller une tête... "à la française". Avec, en petite musique de fond, cette merveilleuse réplique des Tontons flingueurs : "Je ne te dis pas que ce n'est pas injuste, je te dis que ça soulage !"
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. July 10 Origine y comprends rien.8ème voyage :
Certains films sont comme des épreuves scolaires. Certains mangas notamment. Je sais qu'il faut régaler les jeunes vacanciers - enfin libérés de leurs obligations éducatives et néanmoins nationales - et qu'il ne faut pas le faire de manière trop brutale, mais de là à leur donner des devoirs de vacances... La dernière sortie, Origine, est un concours général à lui tout seul. Comment parler d'Origine ? A mi-chemin entre le monde apocalyptique de Mad Max III et le plaidoyer écolo de Princesse Mononoké, ce film avait tout pour séduire. En cours magistral, donc, c'est un sacré scénario, bien couillu ; mais en travaux pratiques, ça se complique : c'est clair comme du jus de boudin, passionnant comme les colonnes de Burenne, construit comme un livre de Christine Angot, fascinant comme une chanson de Lara Fabian. C'est dire si ça m'a laissé perplexe. En même temps, je ne devrais pas m'en émouvoir et battre ma culpe. Oui, c'est de ma faute, j'avais qu'à pas manquer les cours ! J'ai râté mon DUT "Compréhension du manga contemporain" à cause du module "Je suis capable de raconter Vision d'Escaflowne dans le détail et sans me tromper dans les personnages". Et là, pas de bol, il se trouve que le réalisateur d'Origine est également celui d'Evangelion. C'était foutu d'avance, je savais qu'il faudrait que je passe au rattrapage... Bon, d'accord, on n'en est pas au niveau de complexification de Ghost in the shell 2... Origine regorge même de belles images et nous gratifie de quelques (trop rares) scènes fortes. Et je suis d'accord pour dire qu'on peut aimer un film sans le comprendre (j'ai bien aimé 2001 Odyssée de l'espace, alors...). Mais bon quand même. Il manque sûrement dans Origine la poésie du Tombeau des lucioles, la folie du Château dans le ciel ou la beauté glacée de Jin-Roh, la brigade des loups. Bref, Origine ressemble à un produit pas fini, à une copie incomplète. Pas de quoi avoir la moyenne... Tant pis, on reviendra l'année prochaine.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité.
PS : Ouahou, je m'améliore, j'ai réussi à chroniquer un manga sans parler du Voyage de Chihiro !... Oups, désolé... (Zut, flûte, encore un échec !) July 06 Ondule ton corps with me...7ème voyage :
Ce matin, les Français ont le sourire. Paraît-il. Du moins si l'on écoute en boucle France Info (on finirait même par s'en persuader). Ce sourire m'inquiète un peu. On dirait un sourire de film de science-fiction, genre "Le retour de l'invasion des shorts à rayures". Le truc qui file vraiment les chocottes, comme certains épisodes de Star Trek : "Nous sommes les Bleuhs ; toute résistance serait futile". Eh ben tant pis pour moi, mais, hier soir, j'ai décidé d'échapper à la séance d'édification hypnotique chauvino-bovine, et me suis réfugié... devinez où ? Au cinéma ! (ceux qui ont dit "au Macumba", vous sortez) Oui, je sais, l'effet de surprise n'y est plus, c'est toujours la même réponse, gna, gna, gna... N'empêche, je suis quand même allé au cinéma. Et je suis allé voir Dance with me. Ouais, comme que j'le cause, et même pas peur ! J'aurais pu craindre le pire : me retrouver enfermé dans une graaaande salle obscure, avec un public trèèèèèèès majoritairement féminin et parfumé (ah, les vapeurs de l'été...), à regarder un film sur la DANSE, avec le risque que ledit film se situe quelque part entre le très rentable Dirty Dancing (ah ça, à chaque énième diffusion sur M6, y en a de la petite culotte mouillée !!!) et l'extraterrestre The Dancer (production Besson avec Mia Frye, ça résume tout...), avec aussi - banane sur le gateau - Antonio Banderas en acteur principal, cela peut passer pour une séance de masochisme expiatoire. Mais non, c'était bien un choix délibéré, peut-être vaguement influencé par l'espoir d'avoir matière à rédiger une chronique assassine (il faudrait que je me méfiasse : à chaque fois que je pars avec cette optique, j'aime le film et mon flingage-à-vue tombe à l'eau...). Bon, petit résumé rapide pour situer le décor (au pied) : Pierre Dulaine (A. Banderas) est un belâtre légèrement introverti qui enseigne la danse à des petits blancs privilégiés et des pétasses blondes dont le seul vrai malheur en ce monde est de se casser un ongle. Un soir d'illumination, il décide de briser les murs de l'exclusion et s'en va gaiement enseigner la valse et le fox-trott à la caillera (pardon, aux jeunes en manque de repères) d'un quartier "sensible". Et là, on assiste à l'improbable voyage de Joey Starr dans le monde merveilleux de Jacques Chazot. Ce serait comme demander à Guy Carlier de faire du patinage artistique en compétition, avec ce seul argument très étatsunien : "Shit, man, you can do it ! Fuck !", ce qui peut se traduire par "Crois en toi, tu peux le faire mon ami !". Et, bien sûr, il va transformer la vie de ses petits protégés. Il n'y a rien de fondamentalement nouveau là-dedans. Ca sent Esprits rebelles. Voire même Le cercle des poètes disparus si l'on fait abstraction du milieu social, de l'époque, du pathos et de la légère différence physique entre Antonio Banderas et Robin Williams. Alors, Mesdames, que préférez-vous : Antonio ou Robin ? Robin ou Antonio ? Batman ou Robin ? Antonio ou Vivaldi ? Parce que y a pas à chipoter : Antonio Banderas est beau comme un dieu dans ce film. Attention, je n'ai pas viré ma cutie, je constate, c'est tout. Et puis ça confirme aussi, après Penelope Cruz, que l'Ibère a le vent en poupe (celui qui a suggéré qu'Antonio Banderas fait de l'aérophagie, il sort aussi). Donc, quand mon Ibère, pépère et pas pervers, s'occupe de pré-pubères, ça donne des moments assez croquignols, du genre "Yo, cé ki c'bouffon ki vient nous péter les yeucous avec ses danses de tarlouzes ? Retourne dans ta banlieue, mec, ou on te fait avaler tes talonnettes et on t' nique ton vélo ! (Yo !)". Ou des scènes plus profondes comme celle où Dulaine affronte les parents d'élèves sur le thème "La danse a-t-elle une utilité dans le Bronx ?". J'ai bien aimé ce passage, peut-être parce que - dans une autre vie - j'avais essayé de convaincre une vénérable institution de l'intérêt d'enseigner l'aïkido à des délinquants : "Non, Monsieur, ce n'est pas les transformer en bêtes de guerre que de vouloir leur apprendre un art de défense, et donc de paix. Celui qui attaque est forcément perdant. Oui, je sais, c'est un peu compliqué, mais l'aïkido leur apportera une discipline, un respect et des valeurs qu'ils n'ont jamais eu. Vous ne me croyez pas ? Ah. Vous préférez qu'ils continuent à faire de la boxe ? C'est plus physique ? Ben oui. Et ils sont plus calmes après ? Ah, oui, oui, je comprends. Mais vous savez, s'ils apprennent à se contrôler, ils n'auront plus besoin d'être agressifs. Pardon ? Ce sont des bêtes, ils ne sont pas récupérables ? Ah, effectivement, vu sous cet angle... Merci, au-revoir Monsieur." C'est peut-être un peu pour ça que le film m'a touché. On nous a prévenu dès le début : c'est une histoire vraie. Monsieur Dulaine existe réellement, et il a réellement mené cette expérience. Pire, il est d'origine française, et il ne marque pas de buts (ouh, le naze !). Mais son langage à lui, c'est le corps, et là, on en prend plein la vue. Les chorégraphies sont à tomber par-terre, portées par un mélange de musiques assez intéressant et de jeunes acteurs convainquants. Bien sûr, ce film sent la caricature à plein nez ! Et pourtant, il est profondément HUMAIN, avec un optimisme et un HUMOUR salvateurs. Le réalisateur ne prend pas son public pour un imbécile et distille ses touches d'humour comme autant de clins d'oeil pour dire qu'on n'est pas là pour pleurer sur le sort de qui que ce soit, ni pour faire la morale. Dance with me est tellement rafraichissant qu'on lui pardonne tout. Les Français ont donc le sourire ce matin. C'est bien. Moi aussi, j'ai le sourire (même s'il est très très intérieur). Parce que j'ai vu un bon film de divertissement, et qu'il me plaît de le défendre alors même que la critique l'a descendu (sauf peut-être Télérama). A l'heure où les Français souriants s'adonnaient à leur nouveau sport favori (je me mets dans une voiture, je fais dix fois le tour de la ville en klaxonnant comme un dégénéré pendant que mon pote torse nu agite frénétiquement un drapeau tricolore par la fenêtre, en hurlant des "Ouééééééééééé, on a gagnéééééééééé!" très... euh... virils), pendant ce temps-là, disais-je, je prenais une résolution en mon for intérieur (lui aussi, c'est comme le sourire) : je perds les dix kilos qui me séparent d'Antonio et à la rentrée, je prends des cours de danse. Comme dirait Martina : cochon qui s'en dédit !
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