Cinéphage Fogg's profileLes voyages de Cinéphage...PhotosBlogLists Tools Help

Blog


    December 14

    Les nains filtrés.

    35 ème voyage :

    Il va falloir suivre un  peu, parce que c'est pas coton. Tant pis, je me lance :

    A Boston, de nos jours, la police en a ras la casquette des gangs irlandais. Aussi décide-t-elle d'infiltrer un débutant, Billy Costigan (Leonardo Di Caprio), auprès du plus dangereux des parrains, Frank Costello (Jack Nicholson), lequel n'a pas attendu la Saint Patrick pour placer un homme à lui, Colin Sullivan (Matt Damon), au sein même de ladite police. Bref, tout le monde surveille et double tout le monde... La routine. Mais cela ne devient vraiment rigolo (et invivable pour les personnages) que lorsque chaque camp s'aperçoit qu'il héberge une taupe, et qu'il doit la débusquer avant que le camp adverse ne trouve la sienne !

    Vous l'avez deviné, je suis allé voir Les infiltrés, du grand Martin Ce-corps-seize. Enfin, du "grand", c'est un peu exagéré, parce que quand on le voit en photo, c'est plutôt courtes-bottes. Les photographes ne s'y trompent plus : pour ne rien enlever à la légende, ils le prennent davantage assis. D'ailleurs, ils le disent : assis, il est plus à son davantage. N'empêche, moi, je sais qu'il fait un complexe sur sa taille. Sinon, comment justifier les deux nabots nains beaux qu'il a choisi pour son film ? Hein ? Bon.

    Alors, à ma gauche : Leonardo Di Carpaccio, 1,28 m, 32 kg (tout mouillé). Après avoir joué les amoureux transis - de froid - dans Titanic, et transis tout court dans Romeo + Juliette (= gros navet, même que sir Shakespeare en est sûrement devenu derviche tourneur dans sa tombe !), Leonard cherche à se faire une respectabilité. Il tourne donc pour la troisième fois avec Ce-corps-seize, après Gangs of New-York et Aviator (ou à raison). Quand Martin lui a dit : "Ce sera un film de gangsters, un film d'hommes !", le petit Léo a couru dans son vidéoclub - dont il a la carte de fidélité pour pouvoir revoir toutes ses oeuvres quand il le souhaite - et il a loué tous les films de De Niro et de Pacino. Résultat des courses, il les imite plutôt pas mal, surtout certaines expressions du visage chez Deux Niro. Mais là où ça donne un air méchant et inquiétant au grand Bob, ça confère au petit Léo l'aspect du mec qui a une grosse envie d'aller aux toilettes... M'enfin, pour quelqu'un qui a joué Mason Capwell jeune dans Santa Barbara, ce n'est déjà pas si mal.

    A ma droite, son challenger : Matt Démon, 1,22m, 34 kg (au repos). Un air de golden-boy bushien auquel il ne faut pas se fier. Ce p'tit gars a tout dans la peau (même qu'il n'y a plus beaucoup de place pour le reste, paraît-il...) : la mémoire, la mort, et bientôt la vengeance ; alors c'est du sérieux. Il a même l'art d'attirer des tas d'ennuis aux autres, demandez à Tom Hanks dans Il faut sauver le soldat Ryan...

    Pour arbitrer ce duel, Ce-corps-seize a exhumé l'invraisemblable Jack Nique-Olson. QUEL BONHEUR !!! C'est le personnage le plus fascinant du film. J'ai enfin compris le secret du talent de Nique-Olson : ce type ne joue pas... Il EST réellement fou ! Certes, il ne peut se retenir de cabotiner légèrement, mais aucun de ses regards, aucune de ses mimiques n'est là par hasard. C'est un des vilains les plus passionnants qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (enterrant ainsi le pâlichon Chiffre de James Daube). Chacune de ses apparitions laisse présager du pire. Aucune de ses réactions n'est foncièrement logique, ni prévisible. Quand il pète un plomb, froidement, c'est toujours d'une manière qu'on n'attendait pas, et sans retenue. Cet acteur est un génie, même quand il passe plus de deux heures à parler un langage fort peu châtié (où il est souvent question de son arrière-train et de son appendice caudal).

    Du coup, les autres seconds rôles font un peu tapisserie. Pas trop quand même, parce qu'on est dans un film de Ce-corps-seize, hein. Mais il faut bien avouer que la pauvre clonette de Cate Blanchett, Vera Farmiga, a du mal à suivre le rythme de ses éminents partenaires. Elle est aussi crédible en psychologue victime d'un transfert sur son patient que moi en acrobate du Cirque de Pékin. Restent l'excellent Martin Sheen dans le rôle le plus humain du film, Alec Baldwin dont la maturité s'affiche à présent au-dessus de sa ceinture (même que ça déborde un peu), et Mark Wahlberg qui devrait décrocher sans trop de mal l'Oscar de la pire coupe de cheveux.

    Sinon, c'est vraiment du grand Ce-corps-seize. Je n'ai pas visionné l'oeuvre originale, un film de Hong-Kong intitulé Infernal affairs. Je ne peux donc juger que sur ce que j'ai vu du remake. Et justement, on en prend plein les mirettes : des plans comme autant de leçons de cinéma, une atmosphère de tension constante, une confrontation à la Heat, un humour très deuxième degré et de la musique irlandaise sauce rock'n'roll.

    Après Taxi driver, Les affranchis et Casino, c'est un plaisir jubilatoire et raffiné de prendre une nouvelle leçon avec le maître. Enfin du vrai bon cinoche !

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

     
    December 11

    Une bonne foi (pour toutes).

    34ème voyage :

    Sur le papier (de mauvaise qualité de la feuille de choux de mon cinoche préféré), c'était le film casse-figure par excellence. Le genre de film à bien pouvoir nous casser autre chose. D'abord parce que c'est une première réalisation. D'un acteur, qui plus est. Ensuite parce que le sujet est épineux (d'aucuns diront "sensible"). Enfin parce qu'il a été décidé de le traiter sur le ton (le saumon et la truite, ça marche aussi) de la comédie, limite romantique.

    Voilà, dans les grandes lignes, ce qui pourrait résumer Mauvaise foi, de Roschdy Zem.

    C'est un peu court, je sais, mais il faudra bien vous en contenter.

    Pas facile d'en dire davantage, de toute façon.

    Pour ce qui est de l'histoire, ça tient en même pas quatre lignes : Ismaël (Roschdy Zem) - qui est musulman - et Clara (Cécile de France) - qui est juive - s'aiment depuis quatre ans et vont avoir un enfant. Il leur faut à présent en parler à leur famille respective, lesquelles ne sont évidemment pas au courant de cette "mixité confessionnelle". Bien sûr, ça va légèrement poser problème... (sans quoi il n'y aurait pas de film et je ne serais pas en train de vous en faire la chronique, faut être un peu logique !)

    Le reste est une comédie douce-amère, un peu gentillette et pas totalement dénuée de petites lourdeurs, mais dans l'ensemble on prend beaucoup de plaisir à suivre les mésaventures de ce couple en plein dilemme. Mention spéciale au père de Clara - interprété par Jean-Pierre Cassel, au mieux de sa forme - qui nous gratifie de quelques perles d'humour juif avec un détachement particulièrement drôle.

    On connaissait Roschdy Zem l'acteur, mâchoire carrée et paupière tombante ; on découvre Roschdy Zem l'auteur, capable d'aborder un sujet qui fâche avec humour et tendresse, sur la belle musique de Souad Massi. Avec surtout  - et c'était nécessaire - la faculté de faire passer, sans trop de mal, un beau message de tolérance... et d'amour... (ben oui).

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.

    December 05

    Caca zéro royal.

    33ème voyage :

    La dernière plaisanterie sur les écrans en ce moment s'appelle Casino Royale.

    Et figurez-vous que c'est un James Bond.

    Ou du moins qu'on essaie de nous le vendre comme tel (Guillaume). Parce que si ça, c'est un James Bond, moi je suis la reine d'Angleterre.

    J'ai un aveu à faire : je suis bondophile. Bien atteint, même, puisque j'ai été encarté dans un club de fans (la preuve en images avec les vignettes ci-dessous). Alors autant vous dire que pour votre serviteur chaque nouvel épisode est comme le Beaujolais nouveau : une FÊTE. Malheureusement, cette fois-ci la fête a tourné court.

    Je ne me suis point ému lorsque la production a décidé de "remercier" Pierce Brosnan. Les 007 poussifs, on a déjà donné avec Roger Moore (voir Dangereusement vôtre pour s'en convaincre). Je n'ai pas non plus milité contre le petit nouveau, Daniel Craig. Son vague air à la Steeve McQueen et sa prestation dans Munich m'ont suggéré de voir d'abord le résultat à l'écran avant de signer la pétition internationale des fans qui ne digèrent définitivement pas ce choix. Après tout, même s'il est difficile d'égaler Sean Connery, j'ai toujours eu un petit faible pour le félin Timothy Dalton, lui aussi décrié en son temps.

    Hélas, on en est loin. Car le mythe ne suffit pas. Il faut plus qu'un smoking, une vodka-martini (au shaker, pas à la cuiller) et une Ashton Martin pour faire un Bond. Il faut aussi ce mélange indéfinissable de classe, de charme et de désinvolture. Or,  avec sa mâchoire prognathe et ses biscoteaux gonflés à l'hélium, le 007 nouvelle mouture a autant d'élégance qu'un orang-outan habillé par Smalto. Je veux bien que les producteurs aient souhaité revenir au personnage des romans de Ian Fleming (qui - soit dit en passant - est brun), mais de là à en faire une brute épaisse avec un muscle et deux cerveaux... Franchement, on a du mal à croire qu'il ait trouvé du boulot au MI6, quand il serait peut-être plus raccord avec l'entrée du Macumba de Lamotte-Beuvron. Là, j'ai regretté grave (comme disent les d'jeun's) que le choix final ne se soit effectivement porté sur Clive Owen, longtemps pressenti.

    Et que dire du film en lui-même ?

    La première partie est sans doute la plus mauvaise vue dans un James Bond, quand l'agent britannique (assez peu dans cet opus, en fait) joue les Yamakasi ; c'est à pleurer. Puis, on a un vague espoir avec la partie qui se déroule au casino. On renoue avec la tradition, et on commence à espérer que le film ne soit qu'à demi râté. Hélas, la dernière partie, en Italie, est d'une nullité consternante. A part quelques plans du magnifique lac de Côme, il n'y a rien à sauver. Et James tombe (attention jeu de mots) dans les profondeurs du ridicule avec une déclaration d'amour aussi crédible que les aventures extra-terrestres de Raël. On se prend à regretter George Lazenby et Diana Rigg (dans le méconnu mais excellentissime Au service secret de Sa Majesté).

    La volonté de revenir aux sources du mythe n'est peut-être pas une mauvaise idée, mais les auteurs se sont privés de tous les ressorts qui faisaient la particularité de James Bond. Certes, il y a toujours les séquences spectaculaires (et vas-y que je m'auto-défibrille dans ma boîte-à-gants - en posant les électrodes n'importe comment, soit dit en passant - ; et vas-y que je me fais flageller les glaouis en rigolant ;  etc...), mais l'humour british est porté disparu. Pourquoi se priver de l'impertinente présence de Q (délicieux John Cleese) ? Qu'est-ce que c'est que ce M qui jure comme un charretier ? Et je passe sur les invraisemblances de ce soit-disant retour aux sources (la rencontre avec Félix Leiter, la féminité du premier M, etc.). Quant au "méchant" de service, il est désespérément sous-exploité. Mads Mikkelsen a pourtant parfaitement la tête de l'emploi, alors pourquoi lui faire jouer les utilités ? Pourquoi ne pas avoir développé le personnage du Chiffre à hauteur d'un Scaramanga (Christopher Lee) ou d'un Zorin (Christopher Walken) ? Pourquoi ne pas avoir écouté la chanson de Bénabar ("Le méchant de James Bond") ? On ne croit pas deux secondes à la menace que peut représenter Le Chiffre. Aussi essaie-t-on de trouver quelque réconfort dans le regard furieux de la jolie James Bond girl Eva Green, dont on sait dès le départ qu'elle sera sacrifiée pour permettre à 007 de montrer comment il sait bien serrer les dents et mouiller des yeux. 

    Toutes ces lacunes finissent par ravaler Casino Royale au niveau d'un mauvais Mission impossible (au choix... le 2 ?) avec le schtroumpf scientologue, Tom Cruise. Un film d'action banal, sans véritable intérêt. Même la musique de David Arnold n'a jamais été aussi poussive et peu inventive.

    Le premier film avec Pierce Brosnan, Goldeneye, ressemblait à une ébauche, et c'est surtout dans les trois suivants qu'il a trouvé son rythme de croisière. Mais même cette ébauche-là n'était pas aussi pathétique que Casino Royale, dont je souhaite vivement qu'il reprenne à son compte le titre de l'autre plus mauvais James Bond jamais tourné (si tant est qu'on puisse parler d'un vrai James Bond) : JAMAIS PLUS JAMAIS !

     

    Cinéphage Fogg, gentleman illimité.