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November 29 Et elle est où, la souriche ? (Hi, hi, hi, décontrachté !)32ème voyage :Il y a trois règles en magie : 1°/ détourner l'attention, 2°/ être rapide, 3°/ ne pas perdre son temps à aller voir un film qui porte le nom d'une catastrophe écologique. Je plaide coupable. Je suis allé voir Le prestige de Christopher Nolan. Résumos rapidos : Vers le début du siècle dernier, deux prestidigitateurs (Hugh Jackman et Christian Bale) s'opposent dans une compétition sans merci. Cherchant le tour de magie absolu, ils se détruisent l'un l'autre et leur entourage n'est pas épargné par cette folie. Christopher Nolan, c'est le monsieur qui, par un tour de magie dont nous ne sommes pas encore revenus, a ressuscité Batman, que l'on avait laissé pour mort après le suicidaire Batman et Robin (mais si, souvenez-vous, avec George Clooney et le Arnie de Californie...). Le tour de Nolan s'appelait Batman begins, et, ma foi, ne manquait pas d'intérêt. Alors, le Nono a cherché une nouvelle formule. Je le vois bien, d'ailleurs, penché au-dessus de son chaudron, dans une cave obscure d'un manoir isolé. Approchez-vous. Approchez, on l'entend murmurer : "Alors, voyons, quels sont les ingrédients que j'ai déjà... mmmh... Ah ! Un peu de Christian Bale en poudre et de Michael Caine en sachet, il m'en reste de Batman begins. Voiiiiiilà. Je rajoute un beau gosse pour épaissir la potion. Tiens, deux doigts de Hugh Jackman, par exemple. Humpf, il en reste encore pas mal. Pourtant Woody s'en est servi... Il n'a pas dû en prendre beaucoup. En parlant de Woody, je vais faire comme lui et ajouter une noisette de blonde-à-grosses-lèvres-qui-fait-vendre, ça fera fonction de filtre d'amour. Laquelle a-t-il utilisée ? Ah oui ! Ca y est, je me souviens : de la Scarlett Johansson. Trèèès demandée, en ce moment. Eh bien, mettons-en un peu nous aussi. Hop, dans le bouillon ! Bon, bon, bon, c'est pas mal tout ça. Mais il manque des éléments. Si je veux que ça marche, il faut que j'utilise des ingrédients oubliés. Qu'est-ce que j'ai sur mes vieilles étagères ? Ouuuuuuiiii, c'est exactement ce que je cherchais : trois cheveux de David Bowie. Excellent. Mais insuffisant. Une graine de folie ! Où diable ai-je mis mes australiennes ? Ce sont les meilleures. Làààààà ! Et voilà, une graine d'Andy Serkis, mon précccccccccccieux... Touyons, touyons. Chauffons, chauffons. Ce sera la plus extraordinaire des potions ! (Et pas chère en plus) AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH (rire terrifiant) !!!" Le résultat, me demanderez-vous ? Disons que Le prestige porte assez mal son titre car ce film tombera probablement bien vite dans les oubliettes du 7ème art. L'intention est bonne, mais au lieu de l'affrontement annoncé entre David Copperfield et Gérard Majax, on a droit à un ersatz de "Batman contre Wolverine". Inutile, et pas très convaincant. Les efforts du réalisateur pour appliquer à son film les méthodes de prestidigitation restent vains. Il s'échine en effet à détourner notre attention alors que tout est là devant nous. La bonne blague. Arrivé à peu près à la moitié du film, j'avais déjà percé à jour sa médiocre tentative d'embobinage. Regrettable. Non, décidément, cette magie-là ne prend pas.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité. (Il) assure et on s'marre.31ème voyage :S'il y a de la magie en ce bas-monde, il ne faut pas la chercher chez Christopher Nolan (voir le 32ème voyage), mais chez Michel Ocelot. Cet homme est un artiste, un poète au sens noble du terme, et je pèse mes mots. Il nous avait pondu l'inénarrable Kirikou et la sorcière, puis le gonflé Princes et princesses ; aujourd'hui il récidive avec Azur et Asmar, fable colorée sur la différence et la tolérance. En quelques lignes : le blondinet Azur (gentil mais un peu niaisou) est élevé par une nourrice maure et a pour frère de lait le fils de celle-ci, Asmar (gentil, mais un peu teigneux). Ladite nourrice, pour avoir la paix, les saoûle avec l'histoire abracadrabrantesque de la fée des djins (sponsorisée par Lewis) qui serait retenue en otage dans une montagne afghane par des terroristes anti-mondialistes et... euh... pardon, je m'égare (au gorille). Parvenus à l'âge adulte, nos amis Blondin et Cirage vont se lancer dans une âpre compétition pour délivrer la fée et Bon, raconté comme cela, il n'y a effectivement pas de quoi s'acheter une caisse de Moët & Chandon. La bande-annonce pouvait faire craindre une cucuterie pour marmaille braillarde et tubes digestifs ambulants. Pourtant, j'avais un doute : c'était quand même Michel Ocelot, et quelque chose dans l'animation m'attirait, le mélange de simplicité du trait et de sens du détail mêlé à la fluidité des mouvements, je crois. J'ai bien fait de suivre mon instinct : Azur et Asmar, c'est Noël avant l'heure. Certes, le dessin peut déconcerter, mais lorsque l'on franchit cet obstacle (si tant est qu'il en soit un), on rentre pleinement au coeur du rêve et de la beauté (des lignes comme des sentiments). Le message est simple, universel, mais traité sans langue de bois. Le film parle aux enfants comme aux adultes, et cela fait sa force. La voix de Souad Massi également. Digne successeur de Paul Grimault dans la maîtrise de l'humour et de la poésie, Michel Ocelot l'orfèvre nous offre un moment de grâce dont on aurait bien tort de se priver, surtout en ce moment.
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November 27 Short Nuts.30ème voyage :Il est sur Terre deux peuples fascinants lorsqu'il exposent au cinéma leurs problèmes de fesses : les Japonais et les Etats-Uniens. Ces derniers peuvent d'ailleurs aller très loin dans l'exercice, et commettre des OVNI (objets visuels non identifiés) comme Ken Park. Ils se sont surpassés cette fois-ci avec le pompeux (si vous me permettez cette expression triviale) Short Bus, qui n'a pas manqué de donner un coup de chaud à Cannes cette année. Manifestement, les palmistes cannois se ramollissent, car il n'y a franchement pas de quoi fouetter Attention, écartez de l'écran les yeux des plus jeunes et des plus sensibles, parce que je dois appeler un chat un chat (eh oui, encore) : Short Bus est un film de cul. Qui ne nous épargne rien : auto-fellation (bonjour la souplesse), pratiques sado-masochistes, gérontophilie, voyeurisme, triolisme (et d'une manière générale tous les trucs en "isme"), éventail détaillé de toutes les positions du kama-sutra... Je ne suis pas sûr que les films du premier samedi du mois sur Canal Plus soient aussi exhaustifs, mais quand on a passé l'âge de la découverte, ça fait doucement rigoler. Bref, un tel catalogue de zizis, ce n'est plus un film, c'est du Pierre Perret visuel. Même si quelques moments surnagent péniblement çà et là (surtout avec Justin Bond, le "patron" du lupanar baptisé Short Bus), il n'y a pas de quoi avoir une érection, fut-elle intellectuelle. Pour un film sur le sexe (et éventuellement - il faut bien un prétexte vendeur - les sentiments), il est particulièrement ennuyeux et laisse froid. Un comble. Quant au trip du film provocateur sensé égratigner l'Amérique puritaine de la Bush family, je ne sais qu'en dire... ça me laisse perplexe. Allez voir autre chose (même si vous n'avez pas Canal).
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La vie est Babel (donc elle est moche).29ème voyage :"Dieu descend pour voir la ville et la tour construites par les fils de l'adam. Dieu dit Tous ensemble ils commencent à ne faire plus qu'une seule bouche et qu'une seule communauté rien ne leur sera impossible. Ah descendons tout brouiller dans leur bouche que chacun ne comprenne plus la bouche de l'autre. Dieu les disperse sur toute la terre. Ils arrêtent de construire la ville. On l'appelle Babel car ici Dieu a tout brouillé dans la bouche de toute la terre et de là a fait se disperser tout le monde sur toute la terre." (Genèse – 11, 5 à 9) Le film Babel est une allégorie de l'effet papillon : comment le seul fait d'offrir un fusil de chasse à un homme va changer la vie de quatre groupes de personnes, au Maroc, aux Etats-Unis et au Japon. Quatre duos plus exactement : deux enfants marocains, deux touristes états-uniens (Brad Pitt et Cate Blanchett), deux membres d'une famille mexicaine (dont Gael Garcia Bernal, qui a heureusement égaré son bonnet péruvien de La science des rêves) et enfin deux Japonais (un père - excellent Koji Yakusho - et sa fille sourde-muette). Les personnages du drame sont tous là. Le rideau n'a plus qu'à se lever pour qu'un acte - a priori anodin - les réunisse et les fasse interagir. Avec un sens de la narration et du découpage très maîtrisé le-réalisateur-au-patronyme-long-comme-un-jour-sans-pain (Alejandro Gonzales Inarritu) nous emmène dans un voyage tendu et éprouvant qui exacerbe les sentiments. En voilà un qui n'a pas volé son prix de la mise en scène à Cannes. Ce qui est fascinant dans son film, c'est sa manière de démontrer sans lourdeur que chaque être humain fait partie d'un tout, d'un grand ensemble baptisé Humanité, et que ce qui arrive aux uns influe sur ce qui peut arriver aux autres. Pour pimenter le tout et nous rendre la vie insupportable, un grain de sable colossal s'est glissé dans la mécanique : nous ne nous comprenons pas. Que nous soyons séparés par une langue, une frontière ou un handicap, l'incompréhension peut faire davantage de ravages que les armes à feu. Pas de quoi se suspendre au lustre par les oreilles, vous l'aurez compris, mais il n'en demeure pas moins que Babel est un film à voir, au moins pour constater qu'en nous dispersant de la sorte, Dieu nous a bien lourdement puni. Remarquez, il doit être bigrement rancunier, Dieu, parce qu'en créant Brad Pitt, il nous a bien puni une seconde fois...
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November 19 Le labyrinthe de Pan, dans ta gueule !28ème voyage :Il était une fois un pays merveilleux gorgé de soleil qu'on appelait l'Espagne. Tout le monde y vivait heureux, les oiseaux gazouillaient et les siestes n'étaient jamais troublées. Des femmes aux cheveux noirs et à la peau cuivrée y dansaient et chantaient d'envoûtantes mélopées (Volver, volver...). On dirait le sud. C'était pourtant bien. On aurait pu vivre plus d'un million d'années... et toujours en été. Mais un jour ou l'autre il fallut qu'il y ait la guerre ; on le sait bien. C'est le destin. Une guerre fratricide qui s'acheva par la victoire d'un affreux général. C'était en l'an de disgrâce 1944. Et le général, franco de porc et d'expédition, décida d'annihiler le camp adverse, jusqu'au dernier de ses membres rebelles. C'est la mission dont hérite un capitaine sadique de chez Sadique Inc. (Sergi Lopez, détestable et fascinant à souhait), au fin fond d'un trou rural et néanmoins paumé du dit pays merveilleux. Sentant venir de grands moments de solitude, il fait venir une garnison de soldats, sa femme enceinte et la fille de celle-ci. La pobrecita pequeña est moyennement ravie de cet exil chez son glacial beau-père (et passe). Alors que la tension monte entre les soldats et les francs-tireurs, l'enfant se perd dans un mystérieux labyrinthe et y rencontre un (vrai) faune qui lui raconte une histoire à dormir debout (elle serait la princesse amnésique d'un pays féerique et colegram) et la charge d'accomplir trois épreuves (sur le coup, j'ai cru que je m'étais trompé de séance et que j'étais devant la redif d'Harry Potter et la coupe de feu !). A ce point de l'histoire, on ricane un peu en se disant que la pauvrette a quelque peu abusé de la sangria. Mais on ne ricane pas longtemps. Parce que la suite du film, c'est du sang, des morts et du sordide. Le conte de fées se transforme en boucherie. J'ai dans ma bibliothèque le classique de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées. Il va falloir que je le lise dare-dare si je veux peut-être arriver à analyser Le labyrinthe de Pan, dernier film du réalisateur mexicain Guillermo Del Toro. Je dois avouer que je connais mal son oeuvre. Avant Le labyrinthe de Pan, je n'ai guère vu que le brouillon Hellboy. Mais il n'en faut pas forcément beaucoup plus pour constater que Guillermo Del Toro, comme Tim Burton avant lui, a un univers qui lui est propre. Mais ne fait pas Sleepy Hollow qui veut, et "propre" est un qualificatif assez inapproprié. En fait, c'est sale, c'est glauque, c'est visqueux... c'est Guillermo Del Toro ! Et Le labyrinthe de Pan répond à ces trois qualificatifs. Malgré une vague envie de vomir qui a mis un certain temps à s'estomper, force m'est de reconnaître que ce n'est pas un film inintéressant. Mais comme le disait fort justement Marie-Pierre Casey dans la pub Pliz : "J'f'rai pas ça tous les jours !". Pour les contes de fées, faudra se rattraper avec Eragon, parce que là, c'était plutôt le conte défait. Cinéphage Fogg, gentleman illimité. PS : Sergi Lopez aurait fait un remarquable Joker dans Batman. PS 2 : J'adôôôôôôôôôôre l'Espagne !!! Gamecube : Un Hellboy 2 est en préparation, aïe, aïe, aïe ! Attari : A part Eragon, y aura aussi le bessonien Arthur et les Minimoys... La fin d'année va être rude. Amstrad : Iliréa, cette chronique t'est dédicacée (na !).
Deux acteurs parfaits.27ème voyage :Pierre Desproges a dit un jour : "Les deux caractéristiques de l'Anglais sont l'humour et le gazon. L'Anglais tond son gazon très court, ce qui lui permet d'avoir un humour au ras des pâquerettes." Est-ce pour cette raison - et parce que le jardinage est très "tendance" (folklorique) en ce moment - que de plus en plus de réalisateurs français s'essaient à la comédie "à l'anglaise" ? Je don't know. But l'un des derniers en date is le petit (the little) Antoine De Caunes (two stupid girls). J'écris "petit" because on l'a connu tout jeunnot (very very young), presque pubère, à l'époque bénie (God bless it) où il faisait ses dents chez (the very small guy) Philippe Gildas sur Canal. Puis est venu l'âge ingrat, et le moment où il a fallu trouver un vrai métier (a real job). Le petit Antoine a levé un poing rageur et a dit à la face du monde : "Je vais faire des films" (I'm going to make movies). Depuis, il essaie. Ca balbutie, c'est pas parfait (it is not perfect), mais bon, il fait ce qu'il peut. Son dernier film, une comédie (a comedy), s'appelle Désaccord parfait. Pour la faire simple (to do it quickly), c'est l'histoire d'un réalisateur (merveilleux Jean Rochefort) et d'une actrice (magnétique Charlotte Rampling) qui ont vécu jadis une histoire d'amour (a love story). Mais les histoires d'a... finissant mal, en général, ils se sont quittés sur... comment dire... de mauvais termes. Trente ans plus tard (thirty years later), en Angleterre (in Rosbeefland), l'actrice doit remettre un prix au réalisateur. Alors que le second imagine qu'il y a prescription, la première est bien décidée à se venger. Ce couple aurait pu être Gainsbourg et Birkin, Vadim et Bardot, De Caunes et Zylberstein. Ce film aurait pu être une comédie à la Rob Reiner. Mais il n'en est rien (not at all). Désaccord parfait ressemble davantage à une comédie douce amère, à un catalogue ironique sur le mode Eurotrash, quand Antoine De Caunes nous gratifiait de ses facéties (very funny jokes) avec son comparse Jean-Paul Gaultier (voir la présence en guest star Boy George dans une scène plutôt drôle). Et, en sortant de la séance, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il n'a pas de chance, le petit Antoine (not lucky, little Tony). Parce qu'au lieu de gentilles fées, c'est une vilaine sorcière (bad bad witch) qui s'est penchée sur son film et fait qu'il arrive un peu tard (mouillé - humour british). En effet, je l'ai déjà fait remarquer, il n'est pas le premier cette année à s'essayer à la comédie "à l'anglaise" (entre Les irréductibles et Prête-moi ta main, on a été servi), ni à tourner à Londres (du désastreux L'entente cordiale au dernier Woody Allen), ni à dépoussiérer l'acteur Charles Dance (re-Woody Allen). Il n'est pas non plus le premier à traiter, sur le mode humoristique, de l'amour et du sexe chez les séniors (voir Tout peut arriver, avec Jack Nicholson et Diane Keaton). Enfin, comble de malchance, la vilaine fée de la programmation des sorties le fait passer après l'excellente prestation d'Alain Chabat. Ca vous flingue un film tout ça. C'est dommage. Oui, parfaitement, c'est dommage. Ce film méritait un peu plus d'égards, et pas d'être noyé de la sorte dans le flot des sorties de fin d'année. Car Désaccord parfait a également de belles qualités, à commencer par les délicieuses - que dis-je, les divines ! - prestations de Charlotte Rampling et de Jean Rochefort. On dirait deux collégiens. Mais pas seulement : ils ont mis tellement d'eux-même dans ce film qu'ils lui ont donné une couleur, un parfum, bref... une âme. Certaines répliques embaument l'atmosphère comme le plus délicat arôme de five o'clock tea. Et surtout, SURTOUT, Désaccord parfait est une histoire d'amour, qui traite avec douceur et sans pudeur de l'amour au-delà du temps, des rides et des regrets. De l'amour à tout âge. De l'amour malgré tout. De l'amour quand on a fini de se haïr, de se tromper, de se mépriser ; quand on n'a plus rien à perdre et tout à gagner. De ce lien qui existe parfois entre un homme et une femme ; si fort qu'avec lui il n'est jamais trop tard, et que seule la mort peut briser. Puisse donc ce film vieillir comme un bon vin, et apporter son message au fond du coeur de chacun... ou de chacune.
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November 05 Scoopez !26ème voyage :Je suis allé voir le dernier Woody Allen. "Ooooooooooooh !", fait l'assistance admirative. Il est vrai qu'aller voir le dernier Woody Allen, c'est comme manger la galette des rois, aller voir le feu d'artifice du 14 juillet ou visiter le marché de Noël à Strasbourg. C'est une INSTITUTION. Même si, parfois, le film en question ressemble plus à des obligations de 1er novembre, tout woodyallenien fût-il. Le dernier que j'avais vu, Anything else, m'avait donné cette impression. Je me souviens même m'être profondément endormi pendant la séance, au grand dam de la gente demoiselle qui m'accompagnait alors. Où qu'elle soit à présent, je lui demande humblement pardon pour cette goujaterie récupératoire, étroitement liée à un état d'épuisement avancé dont elle était, du reste, partiellement responsable. Mais je m'égare (au gorille). Revenons-en à nos moutons alleneux. Sa nouvelle réalisation s'appelle Scoop. A Londres, un reporter (Ian McShane) passé de vie à trépas revient hanter une étudiante en journalisme (Scarlett Johansson) et lui offre sur un plateau (de cinéma) le scoop du siècle : le "tueur aux tarots" serait le fils (Hugh Jackman) d'un lord british à souhait. Sky ! Aidée par un magicien miteux (Woody Allen), l'alerte donzelle entreprend de faire éclater la vérité. Dans cette comédie loufoque, Woody Allen retrouve le ton et l'atmosphère du Sortilège du scorpion de jade. Il en profite pour cabotiner comme un gamin impertinent, tandis que Hugh Jackman s'offre un emploi de bellâtre utilitaire. Mais c'est Scarlett Johansson qui monopolise l'écran. Son talent et sa fraîcheur lui permettent de tenir tête à ses deux partenaires. Elle confirme une fois de plus les espoirs placés en elle depuis l'excellentissime Lost in translation. L'air londonien a fait le plus grand bien à ce bon vieux Woody. A ses traditionnels traits d'humour juif, il ajoute plusieurs touches d'humour anglo-saxon et l'alchimie donne lieu à des scènes réjouissantes. D'ailleurs, comment ne pas voir le fantôme des Monty Pythons derrière le spectre de la Faucheuse (de l'Ankou, comme on dit par chez moi) qui conduit le journaliste vers les limbes ? Le seul grand regret que l'on puisse avoir, c'est que le tueur aux tarots n'ait pas éliminé froidement le responsable des costumes du film. Ce type-là a soit un salaire de misère, soit un goût de chiotte. Dans les deux cas, c'est visuellement assez insupportable. L'histoire étant à peu près aussi passionnante qu'un épisode de Derrick, ce sont ses dialogues ciselés qui font tout l'intérêt du "dernier Woody Allen". L'institution a du plomb dans l'aile, certes, mais le vieux bougre a encore de sacrées réparties... Plaisant, donc, mais pas inoubliable.
Cinéphage Fogg, gentleman illimité.
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